Réunis à Yaoundé dans le cadre du Forum national de plaidoyer sur le leadership éthique et la responsabilité, les acteurs du programme ELIF ont appelé à une mobilisation collective pour replacer l’intégrité, la transparence et la responsabilité au centre de la vie publique et sociale.
Dans une salle de conférence de la paroisse ADNA à Yaoundé, les voix venues de la société civile, des milieux religieux, du monde universitaire, des institutions et de la jeunesse ont convergé vers une même préoccupation : comment restaurer la confiance et bâtir des organisations plus responsables ? Le Forum national de plaidoyer sur le leadership éthique, organisé dans le cadre du programme Ethical Leadership Initiative for the Future (ELIF), s’est achevé sur une volonté affichée de transformer les principes d’éthique en pratiques quotidiennes.
Pour le révérend docteur Ngana Martin, coordonnateur du programme ELIF au Cameroun, cette initiative est née d’un constat partagé : les crises de gouvernance ne relèvent pas uniquement des structures, mais aussi des comportements et des choix des dirigeants. La corruption, les abus de pouvoir, les failles des systèmes de responsabilité et le recul de la confiance envers les institutions imposent, selon lui, une réponse collective fondée sur des valeurs de justice, de transparence et de service.
Lancé en Afrique avec l’appui de Globethics, de l’All Africa Conference of Churches (AACC-CETA) et de Brot für die Welt, le programme ELIF s’est déployé dans plusieurs pays du continent. Au Cameroun, il a permis de former des acteurs appelés à devenir des relais de cette vision dans leurs différents environnements professionnels et communautaires. L’objectif est de créer un réseau capable d’accompagner durablement l’évolution des pratiques de gouvernance.
La démarche repose sur un principe simple : un leadership responsable ne peut être imposé uniquement par des textes ou des institutions. Il doit être porté par des femmes et des hommes convaincus que l’autorité implique une obligation morale envers la collectivité. C’est dans cette perspective que les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la culture de l’intégrité dans les administrations, les entreprises, les organisations confessionnelles et les structures citoyennes.
Les échanges ont également mis en avant la place centrale de la jeunesse dans cette transformation. Loin d’être considérés comme de simples bénéficiaires des politiques publiques, les jeunes ont été présentés comme des acteurs capables d’influencer les décisions, de participer aux débats citoyens et de promouvoir de nouvelles pratiques grâce notamment aux outils numériques.
L’Association African Youth Engagement (AYE) a partagé son expérience dans la mobilisation communautaire, la promotion des droits humains et l’engagement citoyen. De leur côté, l’Association pour le Développement et Action Humanisme (ASDAH) et l’Association Vie et Espoir (VIES) ont défendu une approche inclusive du développement, où les populations participent pleinement aux processus de décision et de suivi des actions publiques.
Au-delà des discours, le forum a débouché sur plusieurs orientations concrètes. Les participants souhaitent notamment encourager la création de clubs d’éthique et d’intégrité dans les établissements secondaires, les centres de formation professionnelle et les universités. Ces cadres devraient permettre de familiariser les jeunes aux notions de responsabilité, de transparence et de respect de l’intérêt général.
La rencontre a aussi permis d’aborder des questions sensibles liées aux dilemmes éthiques dans la prise de décision, aux conflits d’intérêts, à la crédibilité des institutions et au rôle du plaidoyer dans l’évolution des politiques publiques. Les acteurs présents ont plaidé pour une approche fondée sur le dialogue, le partage d’expériences et la construction d’alliances durables.
Aux côtés du révérend docteur Ngana Martin, plusieurs personnalités ont participé aux travaux, parmi lesquelles le révérend professeur Mbengu David, secrétaire général du Conseil des Églises protestantes du Cameroun, ainsi que le révérend Ziloua Zoumvouta. Leur présence a illustré l’engagement des acteurs religieux et communautaires dans la promotion d’une gouvernance plus vertueuse.
À travers le programme ELIF, les organisations partenaires veulent désormais franchir une nouvelle étape : passer de la sensibilisation à l’action. La publication d’un communiqué national, l’élaboration d’un agenda de plaidoyer et la formulation d’un appel à l’action doivent servir de leviers pour prolonger cette dynamique.
Dans un contexte où la confiance demeure un enjeu majeur pour les sociétés contemporaines, le leadership éthique apparaît comme un chantier de long terme. Pour ses promoteurs, il ne s’agit pas seulement de former des dirigeants, mais de contribuer à faire émerger une culture collective où la responsabilité devient la première exigence de toute action au service de la communauté.







