La 4ᵉ édition de la Journée africaine du Froid a placé la professionnalisation, la formation, la réglementation et l’innovation au centre des échanges. L’Association des Professionnels du Froid et de la Climatisation du Cameroun défend une meilleure organisation d’une filière appelée à jouer un rôle croissant dans l’économie, la santé et la préservation des ressources.
À première vue, le froid ne dit rien. Il est là, dans les chambres froides, les hôpitaux, les commerces, les cuisines, les ateliers et les bâtiments climatisés. Il accompagne les produits alimentaires avant leur arrivée sur les étals, protège certains produits médicaux et permet à des activités industrielles de fonctionner. À Yaoundé, pendant quatre jours, ceux qui travaillent à le produire, le maintenir et le maîtriser ont voulu rappeler ce que cette discrète infrastructure dit de l’état d’une économie.

Dans l’auditorium du Campus de Coron de l’Institut Universitaire Siantou, les discussions ont progressivement quitté le seul terrain de la technique. Elles ont porté sur l’organisation d’une profession dont les contours restent encore insuffisamment structurés. Formation, réglementation, environnement, insertion des jeunes et qualité des prestations ont constitué les principaux fils d’une réflexion qui entend rapprocher les exigences du métier des réalités du marché.

L’un des chantiers les plus sensibles concerne la future organisation professionnelle. Les participants ont travaillé à la relecture des textes destinés à encadrer le futur Ordre national des professionnels du froid et de la climatisation. Des représentants de plusieurs administrations ont pris part aux échanges, aux côtés des responsables et membres de l’APFCC. L’objectif est de parvenir à un dispositif capable de mieux définir les compétences, les obligations et les responsabilités attachées à l’exercice de cette activité.

Cette ambition s’accompagne d’une réflexion sur la déontologie. Une Charte Éthique a été examinée puis soumise aux participants, avec l’idée d’introduire dans les pratiques professionnelles des principes communs de responsabilité. Dans un secteur où les équipements peuvent toucher directement à la conservation alimentaire, aux infrastructures sanitaires ou à la consommation énergétique, la question dépasse celle du simple savoir-faire technique.
Arthur Feukeu, président de l’antenne de l’APFCC pour la région du Centre, promoteur de GUPS et président du comité d’organisation, a placé cette exigence au cœur de son intervention. La crédibilité du métier, a-t-il souligné en substance, ne peut reposer uniquement sur la maîtrise des appareils. Elle suppose également des règles, une éthique et une reconnaissance des qualifications. La présence importante d’étudiants à Siantou donnait à cette réflexion une dimension particulière.
Car l’avenir de la filière se joue aussi dans les salles de cours. L’APFCC indique avoir déjà contribué à la formation de plus de 1 600 jeunes techniciens, apprentis et étudiants. Derrière ce chiffre se trouve une question plus large : comment faire coïncider les compétences enseignées avec les transformations technologiques d’un secteur soumis à de nouvelles contraintes énergétiques et environnementales ?
Le changement climatique donne à cette interrogation une autre profondeur. Les fluides frigorigènes, indispensables au fonctionnement de nombreuses installations, font l’objet d’une surveillance croissante en raison de leurs effets sur l’environnement. Semou Bertin Basile, président de l’APFCC, a insisté sur la nécessité d’une gestion responsable de ces substances. La profession est ainsi appelée à accompagner une transition vers des équipements plus économes et des pratiques davantage respectueuses des normes environnementales.
Cette mutation suppose également de revoir les habitudes d’équipement. Alain Tchoua Ndjeudji, secrétaire général de l’APFCC et secrétaire général adjoint de l’U-ARC, a appelé à rompre avec les appareils anciens, fortement consommateurs d’énergie ou insuffisamment adaptés aux exigences actuelles. Son propos renvoie à une difficulté bien connue des économies africaines : moderniser les équipements tout en tenant compte du coût de l’investissement et des capacités financières des utilisateurs.
À cette équation économique s’ajoute celle de l’emploi. La formation technique n’a de sens que si elle ouvre effectivement les portes du marché du travail. L’APFCC veut donc rapprocher établissements d’enseignement, entreprises et professionnels. L’Institut Universitaire Siantou apparaît, dans cette perspective, comme un laboratoire de cette coopération. Stages, suivi des étudiants et rapprochement avec les structures agréées figurent parmi les pistes avancées.
Le secteur cherche parallèlement à corriger un déséquilibre ancien entre hommes et femmes. Nomsi Hortence, chargée de la mobilisation des femmes au sein de l’association, a plaidé pour une présence accrue des jeunes filles dans les filières scientifiques et techniques. Elle a notamment défendu des mécanismes de mentorat et d’accompagnement destinés à faciliter leur accès aux formations comme à l’emploi. Son intronisation comme « Marraine du Froid » a donné une dimension symbolique à cette démarche.
Bang, née Ben-Manbot, figure parmi les femmes dont le parcours rappelle que cette ouverture n’est pas une idée abstraite. Présentée comme l’une des premières frigoristes camerounaises, cette ancienne enseignante a traversé plusieurs étapes de formation technique avant de poursuivre son parcours à l’ENSET de Douala. Aujourd’hui retraitée, elle continue de transmettre son expérience et encourage les jeunes filles à investir un métier qui associe électricité, électronique et plusieurs autres compétences pratiques.
Le froid apparaît alors sous un autre jour. Il ne se réduit plus à une machine qui produit de l’air frais ou maintient une température basse. Il devient une infrastructure invisible de la sécurité alimentaire, de la santé et de l’activité industrielle. Une rupture de la chaîne frigorifique peut compromettre des denrées, fragiliser certaines activités commerciales ou affecter la conservation de produits sensibles.
Cette réalité explique l’intérêt porté aux questions de souveraineté alimentaire et sanitaire. Une agriculture capable de produire davantage reste vulnérable lorsque les récoltes ne peuvent être conservées ou transportées dans de bonnes conditions. De même, les produits médicaux nécessitent des conditions thermiques maîtrisées. Le développement d’une chaîne du froid fiable constitue donc aussi un enjeu de résilience économique.
L’APFCC souhaite inscrire cette évolution dans un cadre institutionnel plus solide. Le projet d’Ordre national vise, selon ses promoteurs, à renforcer la certification, la normalisation et la reconnaissance des professionnels. Sa mise en œuvre nécessitera toutefois de franchir les différentes étapes administratives et réglementaires prévues par les institutions compétentes. À ce stade, il convient donc de distinguer le projet porté par l’association de son éventuelle traduction juridique.
À Siantou, les débats ont également laissé apparaître une autre urgence : celle de construire une culture professionnelle commune. Techniciens, ingénieurs, enseignants, étudiants, entreprises et administrations ne disposent pas toujours des mêmes références ni des mêmes priorités. La création d’espaces de dialogue vise précisément à réduire ces écarts et à faire émerger des standards partagés.
Dans cette transformation, la place accordée aux jeunes constitue sans doute l’un des enjeux les plus concrets. Ils seront les premiers confrontés aux nouvelles technologies, aux exigences énergétiques et aux normes environnementales qui redessinent déjà la profession. Leur formation, leur insertion et leur capacité à entreprendre détermineront en partie la manière dont le Cameroun répondra aux besoins croissants liés au refroidissement.
Le froid, longtemps resté dans l’angle mort des grandes politiques économiques, revient ainsi au centre du débat. À travers l’APFCC, ses professionnels cherchent à donner une existence institutionnelle à un métier dont les effets se mesurent bien au-delà des ateliers. Entre impératif environnemental, sécurité alimentaire, santé publique, emploi et modernisation industrielle, la question n’est plus seulement de produire du froid. Elle est de savoir comment l’organiser, le rendre accessible et en maîtriser les conséquences.

