Réunis le 25 septembre au Yaahot Hotel, à Yaoundé, à l’occasion de la 16ᵉ Journée mondiale du pharmacien, les professionnels ont échangé sur les mutations de leur métier. Au cœur des discussions : la pharmacie hospitalière, l’innovation pharmaceutique et la capacité des pharmaciens à s’organiser collectivement.
Le pharmacien n’est plus seulement celui que l’on rencontre derrière le comptoir, entre ordonnances et boîtes de médicaments. Il est aussi un professionnel de santé, un conseiller, un éducateur, un acteur de prévention et, dans un environnement sanitaire en mutation, un interlocuteur dont les compétences peuvent être mobilisées bien au-delà de la dispensation. C’est cette évolution que Pharmafoot a voulu interroger à l’occasion de la 16ᵉ Journée mondiale du pharmacien.
Placée cette année sous le thème « Donner les moyens d’agir aux pharmaciens pour un avenir plus sain », la rencontre a pris la forme d’un brunch au Yaahot Hotel. Trois interventions ont structuré les échanges : l’exercice de la pharmacie hospitalière face aux défis contemporains, présenté par le Dr Zang François ; le développement de produits pharmaceutiques bénéfiques aux pharmaciens, à travers le cas de Teralis, avec le Dr Edjidji Monessa Julien ; et enfin la place de Pharmafoot comme écosystème au service du pharmacien et de la profession, exposée par le Dr Batjé Batjé, pharmacien et entrepreneur social.
Mais c’est surtout la prise de parole du président de Pharmafoot qui a donné à la rencontre son fil directeur. Son propos a dépassé le cadre d’une célébration pour poser la question de la capacité d’une profession à prendre en main sa propre trajectoire.
« Quoi que nous ayons à faire, faisons-le bien. »
En citant Martin Luther King, le président de Pharmafoot a choisi de placer la responsabilité individuelle au commencement de son intervention. L’image du balayeur de rue qui accomplit son travail avec autant de soin qu’un Beethoven compose ou qu’un Shakespeare écrit lui a permis d’insister sur une idée : la valeur d’une profession se construit aussi dans la manière dont chacun assume la tâche qui lui revient.
Cette exigence, il l’a ensuite transposée au monde pharmaceutique. La Journée mondiale du pharmacien, a-t-il rappelé, n’est pas seulement une date inscrite dans le calendrier professionnel. Elle est l’occasion de regarder le chemin parcouru, mais aussi de s’interroger sur celui qui reste à construire.
Le 25 septembre a été institué en 2009 par la Fédération internationale pharmaceutique, lors de son congrès d’Istanbul. Depuis, cette journée constitue un rendez-vous annuel destiné à faire connaître le rôle des pharmaciens, à réfléchir aux transformations de leur profession et à rappeler leur contribution aux systèmes de santé.
Pour le président de Pharmafoot, cette contribution ne saurait toutefois être réduite à la délivrance du médicament.
« Nous ne sommes pas de simples dispensateurs de médicaments, mais des acteurs de santé du premier recours, des conseillers, des éducateurs, des sentinelles de la sécurité sanitaire. »
Le thème retenu cette année prend, dans cette perspective, une portée particulière. Donner aux pharmaciens les moyens d’agir suppose, selon lui, de ne pas limiter la réflexion aux ressources financières ou matérielles. Les moyens sont aussi institutionnels, intellectuels, organisationnels et collectifs.
Car le système de santé a besoin de pharmaciens capables d’agir, tout comme les populations ont besoin de professionnels en mesure de répondre aux transformations de leurs besoins. L’enjeu est donc celui d’une profession davantage reconnue, mieux valorisée et capable de contribuer à la construction d’un système de santé plus accessible et plus équitable.
C’est précisément dans cette perspective que le président inscrit l’action de Pharmafoot. Créée en 2017, l’association s’est développée autour d’activités récréatives, avec l’ambition de favoriser l’insertion socioprofessionnelle des pharmaciens et de contribuer à la valorisation de leur profession.
Trois valeurs structurent cette démarche : le dynamisme, la discipline et la solidarité. Elles ne sont pas, selon le président, de simples mots. Elles doivent se traduire dans les rencontres, les activités, les réflexions communes et la capacité des professionnels à construire des réponses collectives.
Les vingt-six jours de chroniques qui ont précédé le brunch ont constitué, à ses yeux, une première expérience de cette réflexion collective. Identité et mission du pharmacien, formation et compétences, système de santé et accès aux soins, engagement associatif, perspectives professionnelles : autant de thèmes destinés à ouvrir le débat avant la rencontre du 25 septembre.
Le président a surtout insisté sur une notion : celle d’« écosystème ». Derrière ce terme se trouve l’idée qu’un professionnel, même compétent, ne peut pas tout construire seul.
« Une idée a besoin de compétences pour devenir un projet. Un projet a besoin de partenaires pour grandir. Une compétence a besoin d’un espace pour être valorisée. »
Pharmafoot entend ainsi dépasser le cadre sportif qui a présidé à sa création. Le football demeure un espace de rencontre et de convivialité, mais l’association souhaite que ces rencontres puissent devenir le point de départ d’autres collaborations : mentorat, transmission d’expérience, formation, entrepreneuriat, innovation ou circulation d’opportunités professionnelles.
La question posée par le président n’est donc plus seulement de savoir ce que fait Pharmafoot, mais ce que l’association pourrait devenir si ses membres décidaient collectivement d’en faire un véritable outil professionnel.
Cette ambition suppose de rapprocher des univers parfois séparés : officine, hôpital, industrie, administration, université, recherche, programmes de santé, entrepreneuriat et numérique. Elle suppose aussi une participation active des jeunes pharmaciens comme des professionnels expérimentés.
« La réussite d’un confrère peut également contribuer à la force de toute la profession », a-t-il défendu.
Cette conception du collectif constitue peut-être le point le plus politique, au sens professionnel du terme, du discours. Il ne s’agit plus seulement de considérer la carrière comme une trajectoire individuelle, mais de créer les conditions permettant à plusieurs parcours de se croiser, de s’enrichir et de produire des effets au-delà des individus.
Le président a également insisté sur la nécessité de conserver une trace de ces échanges. Les réflexions produites pendant les 26 jours de chroniques et lors du brunch doivent, selon lui, être documentées et capitalisées afin de devenir une ressource pour les générations futures et un outil de dialogue avec les institutions.
La célébration ne devait d’ailleurs pas s’arrêter aux échanges du Yaahot Hotel. Un match amical entre les pharmaciens du siège national de Pharmafoot et ceux de l’antenne régionale du Littoral était annoncé pour prolonger les festivités. Le sport retrouve alors sa fonction première : réunir.
Au fond, le message porté par Pharmafoot tient en une transformation de perspective. Le pharmacien ne doit pas seulement être bénéficiaire d’un système professionnel ; il peut aussi contribuer à le façonner. Et cette capacité d’action passe autant par les compétences individuelles que par les réseaux, les institutions, les solidarités et les espaces de dialogue.
« Ce 25 septembre 2026 n’est pas une simple date. C’est le symbole d’une profession qui refuse de subir son avenir et qui décide de le construire », a conclu le président de Pharmafoot.
Dans une profession confrontée aux transformations de la santé, de l’innovation et des modes d’exercice, Pharmafoot veut ainsi faire du lien une ressource professionnelle. Des rencontres peuvent naître des idées ; des idées, des projets ; et des projets, peut-être, de nouvelles manières d’exercer le métier de pharmacien.
