La thèse soutenue par Alexis Atokare à l’Institut de formation et de recherche démographiques (IFORD) analyse les facteurs sociaux et la prise en compte du genre dans l’utilisation des services de santé maternelle au Tchad. À partir d’une approche méthodologique combinant analyses quantitatives et qualitatives, cette recherche met en évidence les mécanismes qui influencent le recours aux soins prénatals, à l’accouchement assisté et aux prestations post-partum.
Dans une démarche scientifique centrée sur les interactions entre société et santé, Alexis Atokare a consacré ses travaux doctoraux à l’étude des déterminants sociaux de l’utilisation des services de santé maternelle au Tchad. Sa recherche, intitulée « Utilisation des services de santé maternelle au Tchad : facteurs sociaux et prise en compte du genre dans la qualité de l’offre de soins », apporte un éclairage approfondi sur les conditions qui favorisent ou limitent l’accès des femmes aux prestations sanitaires.

Le document doctoral, constitué de 347 pages, est organisé en deux parties complémentaires. La première présente le contexte général de l’étude ainsi que le cadre théorique mobilisé pour analyser les comportements sanitaires. La seconde est consacrée à la présentation, l’analyse et l’interprétation des résultats obtenus à partir des données empiriques exploitées par le candidat.

Pour atteindre ses objectifs scientifiques, Alexis Atokare a utilisé les données de l’Enquête démographique et de santé réalisée au Tchad en 2014-2015. Cette base statistique, consacrée notamment aux questions de santé maternelle, a constitué un support essentiel pour identifier les facteurs associés au recours aux services médicaux. Le jury a particulièrement apprécié la capacité du candidat à exploiter cette source dans un contexte marqué par des contraintes liées aux ressources disponibles.

L’étude repose sur une méthodologie mixte articulant des techniques d’analyse quantitative et qualitative. Les données quantitatives ont été traitées à partir de tableaux croisés et de modèles de régression logistique multivariée, permettant d’évaluer l’effet spécifique de plusieurs variables sociales sur les comportements observés. Cette approche a permis de distinguer les facteurs associés au suivi de la grossesse, à l’assistance qualifiée lors de l’accouchement et aux soins post-partum.

L’analyse qualitative, fondée sur la méthode d’analyse de contenu, a complété les résultats statistiques en apportant une compréhension plus fine des rapports entre l’offre sanitaire et son utilisation par les populations. Les observations réalisées dans les formations sanitaires ont notamment permis d’examiner les perceptions des usagers, les pratiques institutionnelles et les limites organisationnelles pouvant influencer la confiance accordée aux services de maternité.

Les résultats obtenus démontrent l’importance des facteurs sociaux dans la détermination des comportements liés à la santé maternelle. En milieu urbain, le niveau d’instruction du couple apparaît comme le principal facteur explicatif, auquel s’ajoutent la richesse communautaire pour la qualité du suivi de la grossesse et de l’accouchement assisté, ainsi que l’occupation professionnelle de la femme dans le recours aux soins après la naissance.

En milieu rural, les déterminants identifiés présentent des caractéristiques différentes. La religion constitue le facteur dominant dans l’ensemble des comportements étudiés. La faible exposition aux médias au niveau communautaire représente également une variable significative, notamment dans la qualité du contrôle et du suivi de la grossesse, révélant le rôle essentiel de l’information dans l’adoption des pratiques sanitaires.

Les analyses statistiques montrent que les variables étudiées expliquent une proportion supérieure à 80 % des variations des comportements observés dans les deux milieux de résidence. Les femmes ne disposant d’aucune instruction, n’exerçant pas d’activité professionnelle valorisée et appartenant aux catégories sociales les plus défavorisées apparaissent comme les plus vulnérables face aux obstacles d’accès aux services de santé maternelle.
La recherche souligne toutefois que le recours à l’accouchement non assisté ne résulte pas uniquement de contraintes économiques ou géographiques. Dans certains cas, cette pratique correspond à un choix influencé par des facteurs culturels, des représentations sociales de la maternité ou encore une relation de confiance insuffisamment établie avec les structures sanitaires.
Les travaux mettent également en évidence les limites structurelles et organisationnelles du système de santé. Une offre de soins encore insuffisamment adaptée aux besoins spécifiques des femmes et une prise en compte incomplète de la dimension genre contribuent à renforcer les hésitations de certaines familles vis-à-vis des services de maternité.
Au plan scientifique, le jury a relevé la qualité générale du document, la cohérence de la problématique, la solidité des hypothèses formulées ainsi que la rigueur de l’exploitation cartographique. La lisibilité des tableaux et des graphiques a également été soulignée comme un élément contribuant à la valorisation des résultats.
Présidé par le Pr. Mimche Honoré de l’Université de Yaoundé II, le jury comprenait les Pr. Madjigoto Robert de l’Université de N’Djaména et Ondoua Owoutou de l’Université de Yaoundé II en qualité de rapporteurs. Les Pr. Boubakary, Bouba Djourdebbè Franklin et Rwenge Mburano Jean Robert, directeur de thèse, ont participé aux travaux d’évaluation.
Statisticien-démographe et chercheur tchadien, Alexis Atokare s’inscrit dans une tradition de recherche consacrée aux liens entre démographie, santé publique et développement. Diplômé d’un DESS en démographie obtenu à l’IFORD en 2008, il a également développé des travaux portant sur les déterminants socio-économiques et culturels de la santé au Tchad.
Avec cette soutenance sanctionnée par la mention très honorable, Alexis Atokare enrichit la littérature scientifique consacrée aux inégalités sanitaires en Afrique centrale. Son étude constitue une base de réflexion pour les acteurs publics et institutionnels engagés dans l’amélioration de la santé maternelle et dans la construction de politiques sanitaires davantage adaptées aux réalités sociales.
E.M


