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À l’Ordre des architectes, Jean-Christophe Ndongo reprend les rênes pour trois ans

Jean-Christophe Ndongo a été reconduit à la présidence du Conseil de l’Ordre national des architectes du Cameroun avec 243 voix sur 315 suffrages, soit plus de 70 %. Derrière ce résultat se dessine une nouvelle étape pour l’institution, appelée à répondre aux tensions d’une profession confrontée à l’urbanisation accélérée, à l’exercice illégal et aux impératifs de sécurité du bâti.
Dans l’architecture, les lignes comptent. Celles que l’on trace sur une feuille avant qu’elles ne deviennent murs, façades, immeubles ou quartiers. Celles, aussi, que la profession tente de faire respecter dans un environnement où les constructions se multiplient parfois plus vite que les règles. La reconduction de Jean-Christophe Ndongo intervient dans cet espace de tension, entre ambition urbaine et nécessité de mieux encadrer l’acte de bâtir.
Depuis sa création, l’Ordre national des architectes du Cameroun s’est vu confier une mission qui dépasse la seule représentation de ses membres. Organisme de droit public, il assure la régulation de l’accès et de l’exercice du métier. L’inscription au Tableau, l’agrément de l’installation en clientèle privée, la discipline professionnelle et la lutte contre les pratiques non autorisées constituent les principaux leviers dont dispose l’institution.
C’est précisément sur ce terrain que la prochaine équipe sera observée. L’exercice illégal demeure une difficulté persistante pour une profession dont la responsabilité ne s’arrête pas à la signature d’un plan. Les textes prévoient des sanctions pouvant aller de l’emprisonnement à l’amende, avec, dans certains cas, la confiscation du matériel ou la fermeture du cabinet. Derrière la rigueur juridique se trouve une préoccupation plus immédiate : empêcher que des ouvrages soient conçus ou réalisés sans les garanties professionnelles nécessaires.
Le sujet devient plus sensible encore dans les villes camerounaises en pleine expansion. Le permis de construire et le recours à l’architecte constituent à cet égard des instruments essentiels de prévention. Les effondrements d’immeubles qui surviennent régulièrement dans le pays ont contribué à déplacer le débat : la question n’est plus seulement celle de l’esthétique des bâtiments, mais celle de leur conformité, de leur surveillance et, en définitive, de la protection des vies humaines.
Une première réponse institutionnelle vient d’être engagée avec une convention associant les Communes et Villes Unies du Cameroun, l’Ordre national des architectes et l’Ordre national des ingénieurs de génie civil. Signé quelques jours avant le scrutin, l’accord veut rapprocher les compétences professionnelles des collectivités chargées de l’administration locale. Trois mairies de ville doivent servir de terrain d’expérimentation avant une éventuelle extension du dispositif.
Ce rapprochement introduit une autre manière de regarder la profession. L’architecte n’est plus seulement celui qui imagine un bâtiment pour un maître d’ouvrage. Il devient aussi un maillon d’une chaîne de contrôle appelée à protéger la qualité du cadre construit. La coordination avec les ingénieurs et les collectivités pourrait ainsi constituer l’un des marqueurs de la nouvelle mandature, à condition que le dispositif franchisse le seuil des textes pour entrer réellement dans les pratiques.
Il reste aussi à défendre une dimension moins visible du métier : celle de la propriété intellectuelle. Une œuvre architecturale n’est pas qu’un assemblage de matériaux. Elle porte une conception, une signature, une paternité. Le code de déontologie encadre ainsi les droits de l’auteur sur sa création, notamment face aux modifications ou aux cessions de droits. Un domaine encore peu compris du grand public, mais qui touche directement à la reconnaissance du travail des concepteurs.
À l’intérieur de l’institution, la question de la relève sera tout aussi déterminante. La formation ne s’achève pas avec l’obtention du diplôme. Elle se prolonge par la pratique professionnelle, l’expérience en cabinet et l’accompagnement des jeunes qui souhaitent franchir le seuil de l’installation privée. Les liens avec les écoles d’architecture et l’encadrement des stagiaires seront donc appelés à prendre une importance particulière au cours des prochaines années.
Le nouveau Conseil devra enfin donner une cohérence à des responsabilités nombreuses, allant de la gestion du Tableau aux questions juridiques, de la communication à l’éthique professionnelle, de la formation à l’architecture durable. Les vice-présidences à vocation territoriale doivent, de leur côté, contribuer à rapprocher l’Ordre des réalités régionales. Une architecture institutionnelle qui ne prendra son sens que si elle parvient à produire des effets visibles au-delà du siège de Yaoundé.
Au soir du scrutin, le résultat a donc une portée qui dépasse le seul renouvellement d’une équipe. Il place Jean-Christophe Ndongo devant une profession qui attend de son institution qu’elle protège ses prérogatives sans perdre de vue l’intérêt collectif. Dans les villes camerounaises, où chaque chantier modifie un peu plus le paysage, la question est désormais moins de savoir qui dirige l’Ordre que ce que cette nouvelle mandature fera de la confiance reçue. Trois années pour remettre la règle au cœur de l’acte de bâtir.