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Assemblée des femmes pour le climat : à Yaoundé, l’Afrique réclame justice et réparations

Réunies à Nkolfoulou autour du thème « Nos terres, nos voix : les femmes africaines unies pour la justice climatique et les réparations », des représentantes de plusieurs pays du continent ont conjugué leurs expériences pour défendre les territoires, les ressources naturelles et les droits des communautés. Au terme de quatre jours de travaux, cette mobilisation a renforcé leur volonté d’influencer les politiques publiques et de promouvoir des solutions portées par les populations.

Les jardins de l’Ethan Palace, à Nkolfoulou, ont donné le ton d’une rencontre placée sous le signe de la diversité culturelle. Vêtues d’habits traditionnels aux couleurs éclatantes, des participantes venues de différentes régions du continent ont ouvert les travaux par un défilé célébrant leurs identités. Derrière cette démonstration festive se dessinait une ambition politique : faire entendre une voix collective face aux bouleversements écologiques et aux pressions exercées sur les territoires africains.


Accueillie par Green Development Advocates (GDA), avec le soutien de WoMin African Alliance, basée en Afrique du Sud, cette quatrième édition a rassemblé des représentantes d’organisations communautaires, des militantes, des peuples autochtones, des associations de la société civile ainsi que des partenaires institutionnels. Leurs échanges ont porté sur les moyens de renforcer la participation féminine aux décisions environnementales, dans un contexte où l’exploitation des ressources naturelles soulève des interrogations croissantes sur la répartition des bénéfices et des préjudices.


Les discussions ont mis en évidence les conséquences du dérèglement climatique sur les conditions de vie des populations. Inondations, sécheresses prolongées, dégradation des sols, érosion côtière et perturbation des écosystèmes fragilisent les activités agricoles et l’accès à l’eau. Très impliquées dans la gestion des ressources familiales et communautaires, les femmes subissent directement ces bouleversements. Pour les participantes, la défense de leurs terres revient donc à protéger leurs moyens de subsistance, leurs familles et l’avenir des générations suivantes.
Au-delà du constat, les déléguées ont plaidé pour une application effective des législations relatives à la protection de l’environnement. Elles ont appelé les pouvoirs publics à privilégier des politiques centrées sur les populations, capables de préserver les forêts, les semences, les cours d’eau et les autres richesses naturelles.Cette exigence vise notamment les modèles de développement qui accordent une place prépondérante aux intérêts économiques sans garantir suffisamment les droits des communautés vivant sur les territoires concernés.


La question des réparations climatiques a occupé une place importante dans les échanges. Les participantes estiment que les pays et les acteurs historiquement responsables d’une part considérable des émissions polluantes doivent contribuer davantage à la prise en charge des dommages subis par les sociétés les moins responsables de cette crise. Elles défendent ainsi des financements durables consacrés à l’adaptation, à la restauration des milieux naturels et aux initiatives locales, plutôt qu’une assistance ponctuelle déconnectée des besoins réels.


Le renforcement des capacités organisationnelles a constitué un autre axe majeur du programme. Des séances collectives et des restitutions en plénière ont permis d’aborder la construction de connaissances féministes, la gouvernance démocratique, la responsabilité des dirigeantes et le développement des organisations communautaires. Les participantes ont partagé leurs expériences en matière de défense des droits, d’autonomisation et de mobilisation citoyenne, tout en examinant les obstacles sociaux, culturels, politiques et économiques qui limitent encore leur influence.
L’apprentissage pratique a également valorisé des savoir-faire transmis au sein des communautés. Sous l’approche « Chacune enseigne à une autre », des démonstrations ont mis en lumière l’agroforesterie, les techniques culinaires traditionnelles, la teinture des tissus, la pharmacopée locale et la fabrication de produits cosmétiques. La conservation des semences, la gestion des mangroves et la transformation des ressources naturelles ont aussi illustré l’intérêt de connaissances souvent négligées, mais susceptibles de soutenir des pratiques respectueuses des écosystèmes.
Pour Green Development Advocates, cette mobilisation a notamment permis de réaffirmer l’importance de protéger les forêts du bassin du Congo, tout en défendant les droits fonciers des femmes et des peuples autochtones. Les responsables communautaires ont pris une part active aux débats, en exposant les difficultés rencontrées sur le terrain et en proposant des pistes d’action. Les témoignages de Bela Marie Victorine, du Cameroun, et d’Abbie Freeman, du Liberia, ont souligné l’importance de rapprocher les réalités locales des espaces où se prennent les décisions.
Au terme des quatre journées, la rencontre de Yaoundé a ainsi consolidé une dynamique continentale engagée en faveur d’une transition écologique plus équitable. Les participantes entendent prolonger les alliances nouées au-delà de cette édition, afin de peser sur les orientations gouvernementales et les pratiques des entreprises. Leur revendication dépasse la seule question environnementale : elle associe souveraineté sur les ressources, sécurité alimentaire, reconnaissance des savoirs locaux et responsabilité des acteurs économiques. Pour ces femmes, aucune politique climatique ne saurait être pleinement efficace sans justice sociale, participation citoyenne et respect des droits des communautés.