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L’aromathérapie au Cameroun : quand la science explore le potentiel caché des plantes aromatiques

À l’Université de Yaoundé I, chercheurs et spécialistes ont interrogé l’avenir d’une discipline située au croisement de la biologie végétale, de la santé et de l’innovation économique. L’Atelier national sur l’aromathérapie a révélé les ambitions d’une filière qui cherche à transformer la richesse floristique du Cameroun en un levier de recherche, de production et de développement durable.


Dans les laboratoires comme dans les champs, une nouvelle lecture de la biodiversité camerounaise semble prendre forme. Loin d’une simple utilisation traditionnelle des plantes médicinales, l’aromathérapie s’inscrit désormais dans une démarche scientifique qui mobilise la botanique, la chimie analytique, la pharmacologie et les sciences de l’ingénieur. Son objectif : comprendre, caractériser et valoriser les molécules naturelles produites par les plantes aromatiques.
Organisé à la Faculté des Sciences de l’Université de Yaoundé I, l’Atelier national sur l’aromathérapie a constitué un espace d’échanges consacré aux fondements scientifiques et aux perspectives de développement de cette filière. Les participants ont examiné les conditions nécessaires à l’émergence d’un secteur structuré, capable d’articuler recherche fondamentale, innovation industrielle et valorisation économique des ressources végétales.
Le professeur Nyegue M., dans sa leçon inaugurale consacrée à « l’aromathérapie au Cameroun : de la biodiversité à l’entrepreneuriat », a placé la question au cœur des enjeux actuels de souveraineté scientifique et économique. Le Cameroun dispose d’un patrimoine végétal remarquable, mais cette richesse reste encore insuffisamment transformée en produits à haute valeur ajoutée. L’enjeu consiste désormais à passer d’une logique de prélèvement des ressources naturelles à une véritable stratégie de valorisation fondée sur la connaissance.
Cette évolution suppose une meilleure compréhension des plantes aromatiques locales et de leurs constituants chimiques. Les recherches menées sur des espèces telles que la citronnelle, le basilic africain, le gingembre, l’eucalyptus, le ylang-ylang ou encore certaines plantes issues des forêts tropicales camerounaises montrent la présence de molécules d’intérêt appartenant notamment aux familles des terpènes, des alcools et des composés phénoliques. Ces substances font l’objet d’études pour leurs propriétés biologiques potentielles, notamment leurs activités antimicrobiennes, antioxydantes ou anti-inflammatoires.
Mais derrière l’intérêt scientifique se pose une question centrale : comment garantir la qualité et la sécurité des produits issus de cette biodiversité ? Les experts réunis à Yaoundé ont insisté sur la nécessité d’un contrôle rigoureux reposant sur l’identification botanique des espèces, l’analyse chimique des huiles essentielles et l’évaluation de leur innocuité. Les méthodes modernes, telles que la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, apparaissent comme des outils indispensables pour assurer la traçabilité et la conformité des productions.
L’un des défis majeurs reste également la structuration d’une chaîne de valeur nationale. De la culture des plantes aromatiques à la transformation industrielle, chaque étape nécessite des compétences spécifiques. La création de plantations adaptées, la maîtrise des techniques de distillation, le développement d’unités de production et la formation de spécialistes constituent autant de conditions nécessaires pour faire émerger une industrie compétitive.
Pour le professeur Kotue T. C., l’aromathérapie ne doit pas être envisagée uniquement comme une pratique liée au bien-être. Elle représente un secteur économique susceptible de générer de nouveaux métiers dans la recherche, l’agriculture, la cosmétique, la pharmacie, le contrôle qualité et l’entrepreneuriat. Dans un pays où l’emploi des jeunes demeure un défi majeur, la valorisation des ressources naturelles pourrait ouvrir des perspectives nouvelles.
Les applications industrielles explorées durant l’atelier illustrent cette diversité. Les huiles essentielles intéressent notamment le secteur cosmétique, où elles entrent dans la formulation de parfums, savons et produits de soins. Elles suscitent également un intérêt croissant dans l’agriculture durable et la conservation alimentaire, en raison de leurs propriétés étudiées contre certains microorganismes et ravageurs.
Dans le domaine médical, les chercheurs ont cependant rappelé la nécessité d’une approche prudente. L’aromathérapie clinique peut constituer une approche complémentaire dans certaines situations, mais son utilisation doit rester encadrée par des données scientifiques solides. Les huiles essentielles, composés naturels fortement concentrés, peuvent présenter des risques en cas d’usage inapproprié, notamment chez certaines catégories de personnes vulnérables.
La question de la formation apparaît ainsi comme un élément déterminant. En réunissant étudiants, professionnels de santé, chercheurs, producteurs, fabricants de cosmétiques et acteurs du bien-être, l’atelier ambitionne de contribuer à la création d’un écosystème de compétences autour de l’aromathérapie. La subvention accordée par la Faculté des Sciences de l’Université de Yaoundé I traduit une volonté institutionnelle d’accompagner l’émergence d’un domaine à la fois scientifique et entrepreneurial.
À l’heure où de nombreux pays cherchent à développer des modèles économiques fondés sur la biodiversité et l’innovation verte, le Cameroun dispose d’un avantage considérable. La transformation de ses plantes aromatiques en connaissances, en produits et en emplois dépendra désormais de sa capacité à rapprocher chercheurs, industriels et décideurs publics. L’aromathérapie pourrait alors devenir l’un des visages d’une nouvelle bioéconomie nationale.