Trois partenariats internationaux, une convention stratégique avec le réseau Propulse et une ambition de 8 000 entreprises à accompagner d’ici à 2028. Le 30 octobre 2026, à l’Institut des hautes études sur la gouvernance territoriale et la décentralisation (HEGTD), l’Association des jeunes entrepreneurs du Cameroun (AJEC) a présenté les retombées de ses missions internationales. Derrière cette restitution présidée par Yvan Mefo’o, une volonté clairement affichée : faire des opportunités obtenues à l’étranger des instruments de transformation de l’entrepreneuriat camerounais.
UNE JEUNESSE QUI VEUT PRENDRE SA PLACE
Il faut parfois aller loin pour mieux comprendre ce qu’il reste à construire chez soi. À Casablanca, au Maroc, l’Association des jeunes entrepreneurs du Cameroun a multiplié les contacts, noué des alliances et ouvert de nouvelles perspectives. Mais pour Yvan Mefo’o, président national de l’organisation, le plus important ne résidait pas dans le déplacement lui-même. Il fallait revenir, expliquer, partager et surtout transformer les acquis. C’est tout le sens de l’atelier de restitution organisé au HEGTD.
Depuis sa création, le 13 mars 2021, au Centre multifonctionnel de promotion des jeunes de référence de Yaoundé-Madagascar, l’AJEC poursuit une ambition : faire de la jeunesse camerounaise une actrice du développement économique. Une aventure commencée en pleine pandémie de Covid-19, avec peu de moyens, mais une détermination affirmée. Les obstacles n’ont pas manqué. Les sacrifices non plus. Pourtant, l’organisation a progressivement construit son réseau et investi les espaces de coopération nationale et internationale.
Devant les participants, Yvan Mefo’o a également rappelé qu’il était un ancien apprenant du HEGTD. Une manière de témoigner de l’importance de la formation dans la construction des compétences et des parcours professionnels. Son message aux jeunes présents était sans ambiguïté : croire à la formation, se donner les moyens de réussir et oser franchir les étapes. Son propre itinéraire constituait, à ses yeux, une illustration des possibilités offertes par l’institution.
LOGITERRE 2026 : LE CAMEROUN À L’HEURE DES OPPORTUNITÉS
Du 20 au 22 octobre 2026, à la Foire internationale de Casablanca, la troisième édition du Forum-Salon international LogiTerre a réuni des délégations de 44 pays, une centaine d’exposants et plus de 8 000 visiteurs. Placée sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette rencontre consacrée au transport, à la mobilité et à la logistique a constitué une plateforme de rencontres économiques et institutionnelles. Conduite par son président national, la délégation de l’AJEC y a défendu une ambition : positionner les entrepreneurs camerounais dans les réseaux de coopération africaine et internationale.
Premier résultat : la convention de partenariat conclue avec le Comité africain pour le développement durable intégré (CADDI), autour de la ZLECAf Virtuelle. Cette plateforme numérique entend faciliter les échanges commerciaux entre opérateurs économiques africains. Elle met en relation chambres de commerce, banques, organisations intergouvernementales et groupements économiques. L’AJEC, désormais membre signataire, entend jouer un rôle d’interface pour permettre aux jeunes promoteurs et aux PME camerounaises de profiter des débouchés commerciaux du marché continental.
Deuxième avancée : le rapprochement avec l’Institut national d’aménagement et d’urbanisme de Rabat. Les échanges ont permis d’explorer des pistes de collaboration dans la formation, l’aménagement territorial et le renforcement des capacités. L’expérience marocaine en matière d’urbanisme, d’espaces verts, d’éclairage public solaire et de traitement des déchets intéresse particulièrement les collectivités territoriales camerounaises. La Communauté urbaine de Douala et la MAETUR figurent notamment parmi les acteurs concernés par cette perspective de coopération et de transfert de compétences.
Troisième acquis : l’ouverture vers le Club des dirigeants, un réseau international qui rassemble plus de 8 000 entreprises. Cette connexion offre des perspectives de réseautage, d’accompagnement et de transformation digitale. L’AJEC a obtenu une responsabilité de représentation du Cameroun dans la perspective de la sixième édition du sommet Digital Now, prévue du 16 au 18 décembre 2026 à Casablanca. Une occasion annoncée de mettre en lumière les compétences numériques camerounaises et les initiatives portées par les institutions nationales.
PROPULSE ET HEGTD : DES ALLIANCES POUR ACCÉLÉRER
Mais Yvan Mefo’o ne veut pas que les partenariats internationaux deviennent de simples souvenirs de voyage. Il faut leur donner une traduction locale. C’est précisément l’objectif de la convention signée entre l’AJEC et le réseau des pépinières d’entreprises du Cameroun Propulse, présidé par Henri-Séverin Assembe, administrateur-directeur général du HEGTD. Cette collaboration vise à renforcer l’accompagnement des entrepreneurs et à rapprocher les dispositifs d’incubation des opportunités économiques nouvellement identifiées.
Le partenariat s’inscrit dans le programme « Synergies entrepreneuriales pour la croissance des territoires », lancé en juin 2025 à l’Assemblée nationale avec le Réseau des parlementaires pour la promotion de l’entrepreneuriat privé. Le cap est fixé à 8 000 entreprises accompagnées entre 2026 et 2028. La programmation prévoit 500 bénéficiaires en 2026, 2 500 en 2027 et 5 000 en 2028. Derrière ces objectifs, il y a des emplois, des activités économiques à consolider et des familles dont les conditions de vie pourraient évoluer.
Autre partenaire de cette dynamique, la Mutuelle des entrepreneurs, des travailleurs et des retraités du Cameroun, également présidée par Henri-Séverin Assembe. Son programme intégré d’incubation, d’accélération et de sécurisation sociale des étudiants entrepreneurs introduit une dimension essentielle : la protection des porteurs de projets. Car entreprendre, ce n’est pas seulement mobiliser un financement et développer une activité. C’est aussi pouvoir faire face aux aléas de la vie sans compromettre l’avenir de son entreprise. La prévoyance et la solidarité deviennent ainsi des composantes de la réussite économique.
UNIVERSITY BUSINESS CHALLENGE : LES TALENTS AU RENDEZ-VOUS
L’autre chantier majeur concerne l’University Business Challenge, concours national porté par Propulse. L’AJEC est désormais habilitée comme faîtière d’accompagnement de l’un de ses pôles. Le sacre des lauréats nationaux est annoncé pour le 15 décembre 2026 à l’Assemblée nationale. L’association entend coorganiser cette cérémonie avec l’appui de ses partenaires internationaux rencontrés à Casablanca.
L’enjeu est de donner aux étudiants entrepreneurs une véritable visibilité et de faciliter leur accès aux mécanismes d’accompagnement. Les entreprises sélectionnées pourraient également être connectées à la plateforme ZLECAf Virtuelle. Les jeunes talents issus de cette compétition et du sommet Digital Now pourraient, quant à eux, intégrer une délégation camerounaise appelée à prendre part aux prochaines rencontres internationales. Une manière de relier les établissements de formation, les pépinières d’entreprises et les marchés extérieurs.
Cette démarche prolonge les perspectives ouvertes par le Forum économique Maroc-Cameroun Bridge, organisé en décembre 2025. Pensée comme un trait d’union entre les deux économies, cette initiative avait mis en avant la diplomatie parlementaire, les échanges universitaires et les partenariats économiques. Les engagements présentés aujourd’hui par l’AJEC donnent une nouvelle dimension à cette coopération.
LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL EN LIGNE DE MIRE
Représentant la direction générale du HEGTD, le docteur Grégoire Manga a salué cette initiative et rappelé l’importance des acteurs économiques dans la réussite de la décentralisation. Pour lui, accompagner une jeunesse innovante revient également à servir les territoires. Il a félicité l’AJEC pour son engagement et remercié Propulse pour ce rapprochement institutionnel. Une position qui souligne la complémentarité entre formation, entrepreneuriat et gouvernance locale.
L’organisation souhaite par ailleurs mettre les enseignements de ses missions au service des collectivités territoriales décentralisées. L’aménagement urbain, l’éclairage public, la gestion des déchets et l’accès à l’énergie figurent parmi les domaines prioritaires. L’AJEC envisage également de porter un plaidoyer à Genève, dans le cadre du dialogue international sur l’accès à l’énergie, en s’appuyant sur son statut consultatif. Elle entend notamment défendre les préoccupations des jeunes entrepreneurs et des collectivités confrontées aux difficultés d’approvisionnement électrique.
Au fond, l’atelier du HEGTD aura permis de poser une question essentielle : à quoi servent les partenariats si les bénéficiaires n’en voient jamais les retombées ? Pour Yvan Mefo’o, la réponse passe par l’action. Le CADDI, Propulse, la Mutuelle des entrepreneurs, le Club des dirigeants et l’Institut national d’aménagement et d’urbanisme de Rabat représentent autant de relais pour construire des possibilités nouvelles.
La suite appartient désormais à la mise en œuvre. Les conventions devront produire des résultats, les réseaux ouvrir leurs portes et les entreprises saisir les occasions offertes. Car l’ambition de l’AJEC ne consiste pas simplement à faire voyager les entrepreneurs camerounais. Elle est de leur permettre de conquérir de nouveaux marchés, de renforcer leurs capacités et de participer pleinement à la transformation économique du continent. De Casablanca à Yaoundé, le véritable défi commence maintenant : faire des opportunités internationales une richesse concrète pour les territoires et leurs populations.
