Le Cameroun accueillera du 8 au 11 septembre 2026 le quatrième congrès de la Société Africaine de Primatologie (APS). Réunis au Palais des Congrès de Yaoundé, près de 250 spécialistes venus d’Afrique et d’ailleurs réfléchiront aux moyens de renforcer la protection des primates, dans un contexte marqué par une érosion accélérée de la biodiversité.
Derrière les feuillages des grandes forêts africaines se joue une bataille silencieuse. Celle de la survie d’espèces dont l’existence est aujourd’hui fragilisée par la disparition des habitats naturels, les pressions humaines et les bouleversements environnementaux. La rencontre de Yaoundé entend replacer la science, la coopération et l’action collective au cœur de cette urgence écologique.
Le rendez-vous camerounais s’inscrit dans une dynamique engagée depuis la création officielle de la Société Africaine de Primatologie en avril 2016. Cette organisation est née d’un constat : la conservation des primates du continent ne peut durablement progresser sans un leadership scientifique porté davantage par les acteurs africains eux-mêmes. Depuis sa mise en place, l’APS s’est imposée comme un espace de dialogue entre chercheurs, institutions, communautés et défenseurs de la nature.
La première édition du congrès s’est tenue en 2017 à Bingerville, en Côte d’Ivoire. Organisée par le Centre Suisse de Recherches Scientifiques et l’Université Félix Houphouët-Boigny, cette rencontre fondatrice avait rassemblé 150 spécialistes issus de 22 pays africains ainsi que plusieurs experts internationaux. Elle avait posé les bases d’un réseau continental destiné à rapprocher les connaissances scientifiques et les stratégies de protection des espèces.
Deux ans plus tard, Entebbe, en Ouganda, accueillait la deuxième édition autour des défis et opportunités liés à la préservation des primates africains. Plus de 300 experts représentant 24 pays du continent avaient participé aux travaux, confirmant la nécessité d’une approche commune face aux menaces qui pèsent sur ces animaux. En 2024, la North-West University de Potchefstroom, en Afrique du Sud, avait poursuivi cette dynamique avec une réflexion consacrée à l’intégration de la recherche et de la conservation.
À Yaoundé, les participants aborderont la question sous l’angle d’une « primatologie éthique », avec une attention particulière accordée au rôle des populations locales et autochtones. L’APS considère désormais leur implication comme un élément déterminant pour garantir l’efficacité des programmes de sauvegarde. Les communautés qui vivent au contact des écosystèmes forestiers sont appelées à devenir des partenaires essentiels dans la préservation des espèces.

Les travaux porteront sur plusieurs domaines allant de l’écologie à l’éthologie, en passant par la santé animale, les interactions entre humains et primates, la taxonomie ou encore les approches intégrées de type « One Health ». Conférences, sessions scientifiques, débats thématiques et formations permettront aux participants de confronter leurs expériences et d’explorer de nouvelles pistes d’intervention.
Au-delà des échanges académiques, cette quatrième édition ambitionne également de consolider l’organisation interne de l’APS et de renforcer ses collaborations avec les sociétés internationales de primatologie. L’installation d’un nouveau bureau exécutif figure parmi les moments importants de cette rencontre, avec l’objectif d’assurer une gouvernance adaptée aux enjeux actuels.
Le choix du Cameroun pour accueillir cette manifestation n’est pas anodin. Avec près de 40 espèces recensées sur son territoire, le pays figure parmi les zones majeures de diversité des primates en Afrique. La forêt camerounaise, notamment autour du bassin du Congo, constitue un refuge précieux pour plusieurs espèces emblématiques. Le fleuve Sanaga joue notamment un rôle particulier dans la séparation de certaines populations de chimpanzés, de gorilles et d’autres primates, donnant au territoire une importance scientifique exceptionnelle.
La situation demeure toutefois préoccupante à l’échelle continentale. Les évaluations menées par les spécialistes indiquent qu’une part importante des taxons africains étudiés est aujourd’hui exposée à un risque d’extinction. Madagascar, autre territoire majeur de la biodiversité des primates, connaît également une situation critique avec une proportion très élevée d’espèces menacées.
Face à ces défis, les organisateurs souhaitent faire de Yaoundé un espace où la connaissance scientifique rencontre les réalités du terrain. L’enjeu dépasse la seule protection des animaux : il touche à la préservation des forêts, à l’équilibre des écosystèmes et à la relation entre les sociétés humaines et leur environnement. Dans cette perspective, le congrès de l’APS apparaît comme une étape supplémentaire dans la construction d’une conservation pensée depuis l’Afrique et pour l’Afrique.

