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Ngadande Madjita, le démographe tchadien qui ausculte les ressorts de la naissance médicalisée

A l’Institut de formation et de recherche démographiques (IFORD) de l’Université de Yaoundé II, le chercheur tchadien a décroché son Doctorat Ph.D en sciences de la population avec une étude consacrée aux facteurs psychosociaux qui influencent le recours à l’accouchement assisté par un personnel qualifié à Moundou. Une recherche qui interroge les comportements, les représentations et les mécanismes sociaux autour de la santé maternelle.
Dans les couloirs de l’IFORD, l’aboutissement d’un long parcours scientifique s’est joué autour d’une question essentielle : pourquoi certaines femmes choisissent-elles, ou renoncent-elles, à recourir aux services d’un personnel médical qualifié au moment de l’accouchement ? En s’intéressant à cette interrogation dans la ville de Moundou, au sud du Tchad, Ngadande Madjita a placé l’humain au cœur de son analyse.
Loin de se limiter aux seuls indicateurs sanitaires, le chercheur a exploré les dimensions invisibles qui façonnent les décisions individuelles. Les perceptions, les normes sociales, l’influence de l’environnement communautaire ou encore la capacité des femmes à exercer un contrôle sur leurs choix apparaissent comme des éléments déterminants dans le rapport aux soins obstétricaux.
La thèse soutenue publiquement à Yaoundé propose ainsi une lecture différente de l’accès aux services de santé. Elle montre que la disponibilité des infrastructures médicales ne suffit pas toujours à garantir leur utilisation. Entre les structures existantes et les populations, s’interposent des facteurs culturels, psychologiques et sociaux que les politiques publiques doivent désormais davantage prendre en compte.
Pour parvenir à ses conclusions, Ngadande Madjita a fait le choix d’une méthodologie combinant enquêtes quantitatives et approches qualitatives. Une stratégie qui lui a permis de produire ses propres données et d’éviter une dépendance exclusive aux sources secondaires. Une démarche saluée par les membres du jury, qui y ont vu un apport scientifique significatif dans le champ de la démographie appliquée à la santé.
Présidé par le professeur titulaire Mimche Honoré de l’Université de Yaoundé II, le jury a réuni plusieurs spécialistes, parmi lesquels les professeurs Rwenge Mburano Jean Robert et Miangotar Yodé, ainsi que les enseignants Keneck Massil Joseph et Kamdem Kamgno Hélène, directrice de la thèse. Tous ont reconnu la solidité d’un travail inscrit dans les grands enjeux contemporains de santé publique.
La recherche du nouveau docteur met également en lumière l’importance de la santé communautaire. Pour lui, les stratégies de sensibilisation ne peuvent cibler uniquement les femmes enceintes. Elles doivent intégrer les relais locaux, les professionnels de santé et l’ensemble des acteurs capables d’influencer les comportements au sein des communautés.
Cette dimension collective rejoint les ambitions internationales de développement durable, notamment l’objectif consacré à la santé et au bien-être. En analysant les déterminants du recours aux soins maternels, l’étude apporte des éléments susceptibles d’orienter les programmes de prévention et d’améliorer l’accompagnement des femmes dans les parcours de maternité.
Le parcours de Ngadande Madjita témoigne d’une continuité scientifique. Titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées obtenu à l’IFORD en 2005 sur les déterminants du travail des enfants au Tchad, il a ensuite développé une expertise dans la démographie, le suivi-évaluation et l’accompagnement de programmes de développement.
Professionnel engagé dans plusieurs initiatives liées aux politiques publiques et au développement, il a poursuivi son travail doctoral dans un contexte marqué par des contraintes multiples. Ses encadreurs ont souligné sa détermination, son implication personnelle et sa disponibilité constante pour avancer dans ses recherches entre le Tchad et le Cameroun.
Cette soutenance revêt également un caractère particulier pour l’IFORD, puisqu’elle constitue la première thèse défendue dans l’unité de formation doctorale en sciences de la population, option population et santé. À l’issue des délibérations, le jury a décerné à Ngadande Madjita le titre de docteur avec la mention très honorable, consacrant une recherche qui place les réalités sociales au centre des politiques de santé maternelle en Afrique.