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Au Cameroun, architectes, ingénieurs et communes s’allient pour reprendre le contrôle des chantiers privés

Face aux inquiétudes liées aux défauts d’exécution et aux risques qui pèsent sur certains ouvrages, les Communes et Villes Unies du Cameroun, l’Ordre National des Architectes et l’Ordre National des Ingénieurs de Génie Civil ont signé, le 3 septembre à Yaoundé, une convention destinée à imposer un suivi professionnel plus rigoureux des constructions privées.
Dans le paysage urbain camerounais en pleine transformation, les immeubles sortent de terre à un rythme soutenu. Mais derrière les grues et les nouvelles façades, une question demeure : qui veille réellement sur la qualité d’un bâtiment une fois le permis de construire délivré ? C’est à cette interrogation que trois institutions ont entrepris d’apporter une réponse commune, en associant expertise technique et responsabilité publique.
La convention-cadre signée entre les Communes et Villes Unies du Cameroun (CVUC), l’Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC) et l’Ordre National des Ingénieurs de Génie Civil du Cameroun (ONIGC) entend combler une faiblesse longtemps observée dans le secteur de la construction privée : l’absence d’un accompagnement professionnel permanent durant l’exécution des travaux.
Car le permis de construire, s’il valide un projet sur le plan administratif, ne garantit pas à lui seul que l’ouvrage final correspondra aux documents approuvés. Entre les plans déposés et le bâtiment livré, le chantier peut connaître des transformations silencieuses : choix de matériaux différents, modifications techniques, simplifications non autorisées ou abandon du suivi par les professionnels initialement engagés.
Ces écarts, parfois invisibles aux yeux des non-initiés, peuvent pourtant avoir des conséquences majeures. Les effondrements enregistrés ces dernières années au Cameroun ont rappelé que la sécurité d’un bâtiment ne dépend pas uniquement de sa conception initiale, mais aussi de la manière dont chaque étape de sa réalisation est conduite.
La nouvelle convention repose ainsi sur un principe simple : un chantier privé ne doit plus être considéré comme un espace où l’autorisation administrative suffit. Il doit devenir un lieu où la compétence professionnelle accompagne chaque phase de construction. Architectes et ingénieurs de génie civil seront désormais appelés à assurer une présence identifiable, avec des missions clairement établies.
Au cœur du dispositif figure la création d’un carnet de suivi obligatoire. Ce document devra conserver la trace des visites effectuées, des remarques techniques, des irrégularités constatées et des corrections apportées. Une mémoire du chantier destinée à rendre les interventions plus transparentes et les responsabilités plus faciles à établir.
La convention prévoit également des points d’arrêt lors des étapes sensibles de la construction. Avant de poursuivre certains travaux essentiels, notamment ceux qui concernent la structure du bâtiment, des validations professionnelles devront être enregistrées. L’objectif est d’intervenir avant que les erreurs ne deviennent des menaces pour la stabilité de l’ouvrage.
Lors de la cérémonie de signature, le président de l’Ordre National des Ingénieurs de Génie Civil, Kizito Ngoa, a rappelé que la sécurité des constructions ne pouvait reposer sur une seule institution. « Construire autrement, c’est admettre que la sécurité d’un ouvrage n’est jamais la responsabilité d’un seul acteur, mais le résultat d’une chaîne de compétences, de contrôles et de responsabilités assumées », a-t-il expliqué.
Cette approche marque également une évolution dans la relation entre les collectivités locales et les professions techniques. Les communes, qui demeurent au centre du contrôle administratif des constructions sur leur territoire, devront désormais pouvoir vérifier non seulement l’existence des autorisations nécessaires, mais aussi la réalité du suivi professionnel annoncé.
Pour les architectes et les ingénieurs, cette réforme constitue aussi une reconnaissance accrue de leur rôle dans la fabrication du cadre bâti. Elle rappelle que leurs signatures ne sont pas de simples formalités administratives, mais des engagements professionnels qui impliquent une responsabilité directe dans la qualité des ouvrages.
La mise en œuvre du mécanisme sera progressive. Un comité tripartite réunissant les trois organisations aura la charge d’élaborer les outils communs, de définir les procédures et d’accompagner les premières expérimentations dans des communes volontaires. À terme, une version numérique du carnet de suivi est envisagée afin de renforcer la traçabilité des opérations.
Le dispositif ne concerne toutefois que les projets privés soumis à permis de construire. Les ouvrages publics et les réalisations relevant directement de l’État ou des collectivités territoriales restent soumis à leurs propres règles de contrôle.
Au-delà d’un accord institutionnel, cette convention traduit une volonté de changement dans la manière de penser la construction au Cameroun. Elle déplace le regard du simple acte d’autoriser vers celui, plus exigeant, de construire avec méthode, contrôle et responsabilité. Car un bâtiment sûr ne se juge pas seulement à l’existence d’un permis, mais à la qualité du chemin qui conduit de la première pierre à l’ouvrage achevé.