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Réunis à Yaoundé autour de la deuxième édition des Journées nationales d’échanges drépanocytaires, patients, familles et professionnels de santé ont revisité les enjeux de l’échange transfusionnel, une approche thérapeutique qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de cette maladie génétique.
La salle du Centre médical du CPFP, au quartier Ekounou à Yaoundé, a accueilli une rencontre où la science s’est mise au service de l’écoute et du partage. Pour cette deuxième édition des Journées nationales d’échanges drépanocytaires, les spécialistes de l’hématologie ont choisi de placer les discussions autour d’une question centrale : mieux comprendre les mécanismes de l’échange transfusionnel afin d’en optimiser l’utilisation dans la prise en charge des patients.
Cette initiative portée par des hématologues de la nouvelle génération est née d’une volonté commune de rapprocher les avancées thérapeutiques internationales des réalités locales. Après leurs formations à l’étranger, ces praticiens ont souhaité créer un cadre permanent d’échanges destiné à améliorer les soins, renforcer les connaissances des malades et favoriser une meilleure collaboration entre professionnels de santé.
Lancée en 2021, la première étape de cette dynamique avait consacré ses travaux aux ulcères de jambe, une complication fréquente chez certains patients drépanocytaires. Les échanges entre médecins et malades avaient alors permis de mettre en place un accompagnement spécifique, avec des résultats encourageants pour plusieurs participants engagés dans le programme de suivi.
Pour ce deuxième rendez-vous, les regards se sont tournés vers l’échange transfusionnel, une technique encore peu connue du grand public malgré son importance dans certaines situations cliniques. Le docteur Lontsi Edgar, hématologue clinicien à l’hôpital central de Yaoundé, a présenté les indications de cette méthode, son déroulement pratique ainsi que les conditions nécessaires avant sa mise en œuvre.
Les participants ont également bénéficié des éclairages du docteur Aïssatou, biologiste, sur la question des anticorps antiplaquettaires chez les patients drépanocytaires. Des examens ont été proposés aux personnes souhaitant évaluer leur situation immunologique, avec la possibilité d’obtenir des informations adaptées à leur prise en charge.
Avant les exposés scientifiques, une phase d’évaluation des connaissances a permis de mesurer le niveau d’information des participants. À travers un questionnaire, patients, proches et personnels soignants ont été invités à réfléchir sur leur compréhension de la maladie, leurs expériences des transfusions, leurs sources d’information et leurs attentes face aux nouvelles approches thérapeutiques.
Cette démarche pédagogique visait également à identifier les incompréhensions persistantes autour de la drépanocytose. Pour les spécialistes présents, la connaissance constitue une arme essentielle dans le combat contre cette pathologie. Le patient lui-même doit devenir un acteur majeur de son parcours de soins, capable de comprendre les traitements et de participer aux décisions qui concernent sa santé.
« La drépanocytose est notre maladie, elle ne doit pas être considérée comme une problématique réservée à d’autres continents », a rappelé un intervenant, appelant à une mobilisation collective des patients, des familles et des soignants. Selon lui, une personne vivant avec cette affection peut mener une existence normale à condition de bénéficier d’un suivi régulier et d’adopter les mesures d’hygiène adaptées.
Au-delà des échanges techniques, les discussions ont replacé la maladie dans son contexte mondial. La drépanocytose demeure la première maladie génétique au monde, avec plus de 300 000 naissances annuelles d’enfants atteints du syndrome drépanocytaire. Longtemps sous-estimée, elle n’a été reconnue comme une priorité de santé publique internationale par l’Organisation mondiale de la santé qu’en 2008.
L’Afrique subsaharienne concentre près des trois quarts des cas recensés à l’échelle mondiale. En Afrique centrale, la forme liée à l’haplotype bantou est considérée comme particulièrement sévère, exposant davantage certains patients à des complications importantes. Cette réalité impose un renforcement des stratégies de prévention, notamment à travers le dépistage précoce et l’accès aux soins spécialisés.
Au Cameroun, où la prévalence du trait drépanocytaire est estimée entre 20 et 25 % de la population, les professionnels insistent sur la nécessité d’améliorer le diagnostic dès les premières années de vie. L’absence d’un dépistage systématique organisé contribue encore à la découverte tardive de nombreux cas, souvent après l’apparition de complications.
À travers ces journées d’échanges, les praticiens ambitionnent ainsi de construire une communauté mieux informée autour de la drépanocytose. Une communauté où la recherche, la médecine et l’expérience des patients avancent ensemble pour transformer le regard porté sur cette maladie et offrir de meilleures perspectives aux personnes qui vivent avec elle.
