Réunis à Yaoundé le 30 mai 2026 à l’initiative de Sandra Sonffo, promotrice du programme KIREX et présidente fondatrice de l’association Émudec, parents, enseignants et spécialistes de l’éducation ont engagé une réflexion sur les transformations induites par le numérique dans les pratiques familiales. À l’approche des vacances scolaires, la rencontre a interrogé les moyens de préserver la place du livre dans un environnement largement dominé par les technologies connectées.
La scène est devenue familière dans de nombreux foyers. Dès les premières heures de la journée, tablettes, téléphones intelligents, consoles et téléviseurs captent l’attention des plus jeunes. Ce paysage domestique, profondément remodelé par l’essor des technologies numériques, suscite autant d’opportunités que d’interrogations. Comment accompagner les enfants dans cet univers d’écrans permanents sans compromettre leur développement intellectuel ? Quelle place accorder à la lecture dans un quotidien rythmé par l’immédiateté des contenus numériques ? Ces questions ont constitué le fil conducteur d’une rencontre organisée le 30 mai 2026 à l’hôtel Djeuga de Yaoundé.
Portée par le programme Kids Reading Experience (KIREX) et l’association Émudec, l’initiative s’inscrivait dans une volonté de replacer la réflexion éducative au centre des préoccupations parentales. Baptisée « Dialogue entre parents », la conférence avait pour thème : « Livres et écrans : comment trouver l’équilibre pour l’épanouissement de mon enfant ». Loin d’une opposition caricaturale entre modernité technologique et culture écrite, les échanges ont privilégié une approche nuancée, attentive aux réalités contemporaines et aux défis auxquels sont confrontées les familles.
Pour Sandra Sonffo, initiatrice de la rencontre, la question mérite d’être abordée sans passion ni condamnation systématique. Selon elle, les parents évoluent aujourd’hui dans un environnement inédit où les outils numériques occupent une place grandissante dans les apprentissages, les loisirs et les interactions sociales. Dans ce contexte, l’enjeu consiste moins à bannir ces dispositifs qu’à développer des pratiques capables d’en réguler l’usage tout en préservant les conditions nécessaires à la construction intellectuelle de l’enfant.
Au cours des discussions, plusieurs intervenants ont souligné que la multiplication des sollicitations numériques modifie progressivement les habitudes de concentration, les modes d’acquisition des connaissances et les rapports au temps. Les débats se sont notamment appuyés sur les travaux du neuroscientifique Michel Desmurget, dont les recherches alimentent depuis plusieurs années la réflexion internationale sur les effets d’une exposition excessive aux écrans récréatifs. Sans céder aux discours alarmistes, les participants ont insisté sur la nécessité de prendre en considération les données scientifiques disponibles afin d’éclairer les choix éducatifs.
Face à ces constats, la lecture est apparue comme un outil essentiel de formation intellectuelle. Les échanges ont mis en avant sa capacité à enrichir le langage, développer l’imagination, renforcer les facultés d’analyse et nourrir l’esprit critique. À rebours de la consommation rapide de contenus souvent fragmentés, le livre offre un rapport au savoir fondé sur la durée, l’attention et l’approfondissement. Plusieurs témoignages de familles engagées dans les activités du programme KIREX ont illustré les bénéfices observés chez les enfants ayant renoué avec une pratique régulière de la lecture.
Cette démarche s’inscrit dans les orientations poursuivies depuis plusieurs années par l’association Émudec. À travers des ateliers pédagogiques, des rencontres culturelles et diverses initiatives de sensibilisation, l’organisation œuvre à promouvoir l’accès au livre comme facteur de développement personnel et d’émancipation intellectuelle. Une conviction traverse l’ensemble de ces actions : la formation d’une jeunesse capable d’appréhender les mutations du monde contemporain passe nécessairement par le renforcement des compétences de lecture et de compréhension.
Les débats ont également mis en lumière la responsabilité centrale des familles dans cet accompagnement. Alors que les plateformes numériques occupent une place croissante dans la diffusion des contenus culturels, les participants ont rappelé que l’éducation demeure avant tout une relation humaine fondée sur la transmission, le dialogue et l’exemple. La question ne se réduit donc pas à un arbitrage entre papier et écran, mais renvoie plus largement à la qualité des environnements éducatifs proposés aux enfants.
À l’issue des échanges, un constat partagé s’est dégagé : dans un monde caractérisé par l’accélération des flux d’information, la lecture conserve une fonction irremplaçable. À quelques semaines des congés académiques, les organisateurs ont ainsi invité les familles à faire de cette période un temps de découverte, de curiosité et d’apprentissage. Une manière de rappeler que la maîtrise des outils numériques et la fréquentation des ouvrages ne relèvent pas de logiques concurrentes, mais peuvent constituer les deux piliers d’une éducation adaptée aux exigences du XXIe siècle.



