Après deux éditions consacrées au réseautage et au partage d’expériences, l’Association des femmes diplômées de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé réunit, le 29 octobre 2026, ingénieurs, entrepreneurs et décideurs au Starland Hôtel de Bastos. Cette nouvelle rencontre entend rapprocher expertise technique, action publique et investissement privé, dans la perspective des objectifs de développement du Cameroun à l’horizon 2030.
À Yaoundé, l’ingénierie cherche à dépasser les frontières du savoir technique pour peser davantage sur les choix économiques et les politiques publiques. C’est dans cette perspective que s’inscrit Engin’Her : Connect & Impact, une initiative portée par l’Association des femmes diplômées de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé. D’abord conçu comme un espace de rencontres professionnelles, le rendez-vous élargit désormais son ambition en associant femmes et hommes polytechniciens ainsi que des acteurs issus de différents secteurs d’activité.
Derrière cette évolution se dessine une interrogation centrale : comment mobiliser les compétences scientifiques et technologiques pour répondre aux besoins d’un pays engagé dans sa transformation ? Les infrastructures, l’énergie, les télécommunications, les transports et la modernisation des organisations constituent autant de domaines dans lesquels l’expertise des ingénieurs peut contribuer à la définition des priorités nationales. Encore faut-il que ces compétences trouvent leur place dans les mécanismes de décision et les dispositifs de mise en œuvre.
La Stratégie nationale de développement 2020-2030, connue sous l’appellation SND30, fournit un cadre à cette réflexion. Les échanges annoncés doivent permettre d’examiner les conditions d’une meilleure articulation entre les orientations publiques, les capacités d’innovation des entreprises et les ressources disponibles. L’enjeu consiste notamment à identifier des solutions techniques adaptées aux réalités camerounaises, susceptibles de faciliter l’exécution des projets et d’améliorer leur portée économique et sociale.
Du dialogue professionnel aux projets concrets
L’initiative entend également dépasser le format classique des conférences. Panels, discussions thématiques et présentations d’expériences doivent favoriser la confrontation des idées, tandis que les sessions de réseautage offriront aux participants la possibilité d’établir des relations professionnelles durables. Ingénieurs, investisseurs, responsables institutionnels et entrepreneurs pourront ainsi explorer des intérêts communs, rechercher des partenaires et envisager des collaborations autour de problématiques partagées.
Cette approche repose sur une conviction : la transformation économique ne dépend pas uniquement de la disponibilité des compétences, mais aussi de leur capacité à se rencontrer et à travailler ensemble. La circulation de l’information, l’accès aux réseaux décisionnels et la mise en commun des expériences peuvent contribuer à faire émerger des initiatives viables. Pour les organisateurs, l’intérêt de la rencontre réside donc autant dans la qualité des discussions que dans les perspectives d’action qu’elles pourraient ouvrir.
Plusieurs intervenants apporteront un éclairage issu de leurs domaines respectifs. Stéphanie Tchuente Nzimo, directrice de l’audit et de l’assurance et experte-comptable, évolue dans la fiabilisation financière et la maîtrise des risques, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Son expérience renvoie à des questions essentielles pour les porteurs de projets : la sécurisation des investissements, la qualité des dispositifs de contrôle et la solidité des mécanismes de gouvernance.
Les mutations numériques seront notamment abordées à travers le parcours de Carmelle Laetitia Ngo Kobnom, coordonnatrice avant-vente chez MTN Cameroun et consultante senior en cybersécurité. À la croisée des télécommunications et de la protection des systèmes informatiques, son profil illustre l’importance croissante de la sécurité numérique dans le fonctionnement des organisations. La transformation digitale, qui accompagne la modernisation des activités économiques, soulève en effet des exigences nouvelles en matière de fiabilité, de protection des données et de maîtrise des risques technologiques.
Les infrastructures, un enjeu de compétences et de gouvernance
Dans le domaine du génie civil, Yollande Dorimène Kwefet Bakabo, experte en infrastructures et vice-présidente de l’Ordre national des ingénieurs de génie civil, figure parmi les personnalités annoncées. Son secteur occupe une place déterminante dans l’aménagement du territoire et l’amélioration des conditions de vie. La conception des ouvrages, leur durabilité ainsi que le suivi de leur réalisation posent des questions techniques et financières qui nécessitent une coordination étroite entre les professionnels, les maîtres d’ouvrage et les pouvoirs publics.
L’aviation civile sera représentée par Léopoldine Essimi Eloundou, cheffe de la division de l’aviation civile au ministère des Transports. Ingénieure spécialisée dans ce domaine, elle compte vingt années d’expérience au sein de l’Autorité de l’aviation civile du Cameroun. Son parcours couvre la supervision de la navigation aérienne, la sûreté, la sécurité, la formation et la gestion des ressources humaines. Autant de fonctions qui mettent en évidence la complexité des compétences nécessaires au fonctionnement d’un secteur soumis à des exigences élevées de réglementation et de fiabilité.
L’entrepreneuriat dans les bâtiments et travaux publics sera, pour sa part, illustré par Jennie Diana Nzomen Nkonda, ingénieure en génie civil et directrice générale de Genius. Son profil traduit une orientation qui consiste à associer maîtrise technique et initiative privée pour répondre aux besoins du marché. Dans un environnement où la réalisation des équipements exige des ressources humaines qualifiées et une organisation rigoureuse, les entreprises spécialisées peuvent contribuer à transformer les connaissances professionnelles en solutions opérationnelles.
Le parcours de Sorel Kom Nghemning complète ce panorama. Ingénieur, entrepreneur et expert en management de projets, il est diplômé de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé depuis 2001. Après avoir travaillé pendant près d’une décennie sur des projets d’envergure en Afrique et en Europe, il a fondé, en 2010, Blue Ocean Consulting, spécialisée dans la transformation digitale et les systèmes d’information, ainsi que Next Generation Engineering and Services, tournée vers les solutions d’énergie solaire et l’accès à l’eau potable. Son expérience relie ainsi innovation technologique, développement entrepreneurial et recherche de réponses aux besoins essentiels.
La place des ingénieures au-delà des réseaux professionnels
La valorisation des compétences féminines constitue un autre axe de la rencontre. En réunissant des professionnelles aux responsabilités variées, l’association entend favoriser la circulation des expériences et la visibilité de parcours susceptibles d’inspirer de nouvelles générations. L’ouverture de cette édition aux hommes polytechniciens et aux représentants d’autres secteurs inscrit cette démarche dans une dynamique de coopération plus large, sans effacer la vocation initiale du réseau.
Reste à convertir les échanges en résultats tangibles. La pertinence de telles initiatives se mesure notamment à leur capacité à faire émerger des partenariats, à structurer des propositions et à accompagner des projets au-delà des rencontres. En rapprochant compétences techniques, acteurs économiques et sphères décisionnelles, Engin’Her : Connect & Impact entend contribuer à une réflexion collective sur les moyens de renforcer la participation des ingénieurs au développement du Cameroun. Le défi sera désormais de donner une suite concrète aux idées formulées et aux connexions établies.
