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FESTIFOUS 2026 : le livre veut conquérir le cœur de l’économie créative

Du 9 au 12 décembre, le Monument de la Réunification de Yaoundé accueillera la 7ᵉ édition du Festival international « La Semaine des Fous du Livre ». Présentée le 10 septembre dans la capitale camerounaise, la manifestation réunira des participants venus d’une vingtaine de pays et mettra la Côte d’Ivoire à l’honneur. Au-delà de la célébration littéraire, les organisateurs veulent poser une question devenue centrale : comment faire du livre un véritable acteur de l’économie créative africaine ?

À Yaoundé, le livre ne veut plus seulement être lu. Il veut circuler, rencontrer son public, générer des activités, créer des métiers et, pourquoi pas, produire de la valeur. C’est tout le pari de la prochaine édition du FESTIFOUS. Derrière les rencontres d’auteurs, les dédicaces et les concours se dessine une ambition plus vaste : déplacer la littérature vers un territoire où elle est encore trop rarement regardée, celui de l’économie.
Dans les rayonnages des librairies comme dans les bibliothèques, le livre demeure d’abord un objet culturel. Pourtant, autour de lui gravite toute une chaîne de métiers : écrivains, éditeurs, imprimeurs, libraires, diffuseurs, graphistes, communicants, organisateurs d’événements. Une constellation professionnelle dont les acteurs peinent encore, pour beaucoup, à trouver des modèles économiques suffisamment solides. Le FESTIFOUS entend précisément ouvrir cette conversation.
Le changement de regard est important. Il ne s’agit plus seulement de demander à quoi sert un livre, mais ce qu’il peut engendrer. Une histoire peut devenir un scénario. Une idée peut donner naissance à une maison d’édition. Une recherche peut nourrir une collection. Une œuvre peut voyager d’un pays à l’autre, rencontrer d’autres imaginaires et faire naître de nouvelles collaborations. Le livre cesse alors d’être l’aboutissement d’un travail pour devenir le début d’une chaîne de création.
Cette vision irrigue la campagne « L’Afrique lit avec le FESTIFOUS ». La lecture y est présentée comme un outil d’éducation, mais aussi comme une matière première de l’innovation. Lire pour apprendre, certes. Mais également pour imaginer, entreprendre, transmettre et créer.
C’est dans cette perspective que le festival souhaite réunir des acteurs qui ne se croisent pas toujours. Aux côtés des écrivains confirmés et des jeunes auteurs sont attendus éditeurs, universitaires, enseignants, étudiants, artistes, mécènes, institutions, entreprises et médias. L’enjeu n’est pas seulement de remplir des salles. Il est de faire se rencontrer des univers qui, séparément, disposent de ressources considérables, mais dont les connexions restent parfois fragiles.
La programmation devrait refléter cette volonté. Conférences, panels, ateliers, rencontres littéraires, expositions, dédicaces et espaces de réseautage professionnel composeront le programme. Les concours de poésie et de nouvelle donneront leur chance à de nouvelles écritures. Les animations artistiques et l’élection de Miss FESTIFOUS 2026 devraient, elles, contribuer à déplacer le festival hors du seul cercle des lecteurs avertis.
La littérature africaine se construit aussi dans la circulation des voix. Pour cette édition, la Côte d’Ivoire occupera une place particulière en tant que pays invité. Le choix d’Abidjan n’est pas anodin. Entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire existe une longue histoire de circulations culturelles, intellectuelles et artistiques. Le festival veut en faire un terrain de rencontres entre auteurs, éditeurs et créateurs.
La diplomatie culturelle s’écrit parfois dans les lieux les moins officiels. Une table ronde, une rencontre entre écrivains, un livre offert ou une conversation autour d’un manuscrit peuvent constituer de modestes passerelles entre des sociétés. Le FESTIFOUS entend miser sur ces passerelles pour favoriser des coopérations qui ne s’arrêteraient pas au temps du festival.
À l’origine de cette aventure se trouve l’Association des Fous du Livre. Créée en 2017 par Marie Bertille Mawem, journaliste, écrivaine et éditrice, elle s’est donné pour objectif de rapprocher la lecture de ceux qui en restent éloignés et de favoriser les échanges entre les professions du livre. Son parcours traduit une conviction : la littérature n’est pas un luxe culturel, mais un espace où se rencontrent éducation, imagination et transformation sociale.
La septième édition s’appuiera également sur plusieurs figures du monde intellectuel. Le professeur Ebenezer Njoh-Mouellé, présenté comme un soutien de longue date de l’initiative, accompagnera une nouvelle fois la manifestation. Le professeur Louis Hervé Ngafomo, maître de conférences au département de français de l’Université de Yaoundé I, présidera le jury du prix international Francis-Bebey.
Son itinéraire dans le monde de l’édition illustre lui-même cette volonté de faire circuler les savoirs. Directeur Afrique des Éditions Connaissances et Savoirs, en France, responsable de la collection Recherche, Imaginaire et Civilisations d’Afrique et fondateur du magazine international Francophonie d’excellence, il est également l’auteur de plusieurs publications. En mai 2025, un prix d’excellence avait récompensé son impact scientifique, après la direction de 247 ouvrages en dix ans.


D’autres écritures porteront une autre mémoire du continent. Celle de Ramat Abadjida plonge notamment dans les réalités du Bassin du lac Tchad. Écrivain, humanitaire, entrepreneur et spécialiste des questions de paix et de sécurité, il a publié « Aïcha à la barre », distingué aux Bindol Sahel Awards 2025, ainsi que « Violentées, pas anéanties » et « Les Enfants de la frontière ».
Dans ces ouvrages, la littérature rencontre les blessures laissées par les conflits, les trajectoires d’enfants et de populations prises dans les crises, mais aussi la capacité de reconstruction. La fiction et le témoignage deviennent alors des manières de conserver ce que les statistiques ne racontent pas toujours : les visages, les absences, les attentes et les silences.
La compétition littéraire occupera une place importante dans le festival. Les candidats ont été invités à écrire autour du thème « Non à la dépravation des mœurs ». Les textes reçus sont désormais entre les mains des jurys. Les lauréats devraient recevoir trophées, attestations, dotations financières et lots de livres. Pour certains manuscrits, la récompense pourrait surtout prendre la forme d’une première chance éditoriale.
Car c’est peut-être là que se joue l’une des questions les plus concrètes posées par le festival : que devient un auteur après avoir gagné un prix ? Une distinction peut flatter, mais elle ne suffit pas toujours à construire une carrière. L’enjeu est donc de transformer la visibilité en possibilité : être publié, rencontrer des lecteurs, accéder à des réseaux professionnels et inscrire une œuvre dans la durée.
La formule « Plus on est fou, plus on lit » prend, dans ce contexte, une dimension presque politique. Elle refuse l’idée d’une lecture confinée aux bibliothèques ou aux salles de classe. Elle revendique le droit à l’imaginaire, à la curiosité et à la démesure. Être « fou », ici, c’est peut-être accepter de croire qu’une page peut encore déplacer une frontière.
Le FESTIFOUS voudrait désormais élargir cette conviction au-delà du Cameroun. De Yaoundé à Abidjan, de Dakar à Kinshasa, de Nairobi à Libreville, la campagne « L’Afrique lit avec le FESTIFOUS » cherche à fédérer des communautés de lecteurs, d’écrivains et de créateurs.
Dans cette géographie littéraire qui reste à consolider, le livre pourrait devenir un trait d’union. Un objet qui voyage, une langue qui circule, une mémoire qui se transmet, mais aussi une activité qui nourrit des emplois et des entreprises. L’enjeu est de faire comprendre que l’économie créative ne se résume ni à la musique, ni au cinéma, ni à la mode. Elle peut aussi commencer par un auteur assis devant une page blanche.
C’est finalement cette page que le FESTIFOUS veut ouvrir. Entre culture et marché, entre transmission et entrepreneuriat, entre les imaginaires de Yaoundé et ceux d’autres capitales africaines, le festival tente de dessiner une nouvelle économie du livre. Une économie encore fragile, mais dont les premières richesses ne se comptent peut-être pas en chiffres : elles tiennent dans les idées qui naissent lorsqu’un lecteur tourne la première page.