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Cameroun- Guillaume Oyono Mbia : l’héritage d’un baobab du théâtre camerounais

Mvoutessi II, un petit village de la commune de Zoétélé, dans le département du Dja-et-Lobo, région du Sud est sorti de l’anonymat il y a plus de 30 ans grâce à un de ses illustres fils. Aujourd’hui Guillaume Oyono Mbia n’est plus, il a rédigé son dernier acte 11 avril 2021 emporté par la maladie. Dans sa famille biologique et professionnelle si la tristesse gagne encore dans les cœurs, la célébration de l’illustre disparu et le bel héritage intellectuel qu’il a laissé est de mise.

De la même génération que Mongo Beti, Guillaume Oyono Mbia est l’un des plus grands dramaturges camerounais. Son esthétique théâtrale était particulière, en avance sur son temps, il a fait preuve d’originalité et d’innovation dans l’écriture. Pour ses collègues il est aussi l’un des pères du théâtre moderne camerounais. Le premier jet de l’enseignant d’université, à savoir Trois prétendants un mari, est sans conteste la goutte d’or qui a illuminé sa fabuleuse carrière de soldat de la plume. Ecrite sur 117 pages et divisée en 5 actes, la pièce théâtrale à fort relent culturel fut inspirée des faits réels, le mariage d’une cousine du jeune Oyono Mbia de retour au village pour des vacances. Le chef d’œuvre a été traduit en plusieurs langues dont l’anglais -«Three Suitors, one husband»-, le roumain-« Trei pretendenti un singur sot»-pour ne citer que celles-là. Les adaptions et les déclinaisons de cette production sont légion. On se souvient que le film « Notre fille » du réalisateur camerounais Daniel Kamwa a été inspiré de ce livre. Le long métrage va être nommé en 1980 pour compétir dans la catégorie du « Meilleur film étranger » ; une grande première pour le Cameroun qui n’a connu une deuxième que quelques 41 ans après. La profondeur et l’éclat de cette production ont pourtant fait ombrage à bien d’autres réalisations à succès de Guillaume Oyono Mbia. Le passionné des langues a commencé à rafler des sacres en janvier 1967, en remportant le premier prix du concours théâtral africain organisé par la BBC Afrique avec « Until Further Notice », une pièce radiophonique écrite en anglais. Deux années après, il remporte le 2e prix du concours théâtral interafricain, organisé par l’office de Radiodiffusion-télévision française avec sa pièce radiophonique « Notre fille ne se mariera pas » (1972). L’année d’après, il est lauréat du prix El Hadji Ahmadou Ahidjo pour sa célèbre pièce « Trois prétendants un mari ». Dans la mosaïque des œuvres monumentales de cet écrivain dont la minutie et le talent lui valent d’être dans le cercle fermé des plus grands dramaturges camerounais depuis les indépendances, on peut rappeler « Jusqu’à nouvel Avis » paru en 1970, les « Chroniques de Mvoutessi 1, 2, 3 » respectivement publiées en 1971, 1971 et 1972 et le « Le train spécial de son Excellence » en rayon depuis 1979. L’œuvre de Guillaume Oyono Mbia est chargée d’un puissant message à l’endroit des générations actuelles et futures. Ces nombreux sacres à son actif n’ont rien ôté à sa simplicité et sa discrétion légendaires.
Si on le rappelle rarement, il a connu l’étranger-la France, l’Angleterre- au gré de son talent. Mais le plus remarquable est que ses pérégrinations, loin de le détourner, n’ont eu d’apport que de lui donner davantage de ressources pour mieux s’écrire. Ses productions sont, à dessein, connectées aux réalités de l’Afrique et du Cameroun profond (la région du Sud), mieux, elles se veulent le regard qu’il avait de la société, sa société. Avec humour, méthode et mesure Guillaume Oyono Mbia a su, à travers Trois prétendants un mari, décrier le phénomène de clientélisme de la dot qui a fait son lit dans des sociétés africaines et partant la chosification de la gent féminine, la pièce est un message fort à l’endroit de toutes les communautés qui ont encore de la fascination pour les mariages arrangés sans le consentement des enfants. A travers ses multiples productions, il a prouvé que l’écrivain a son mot à dire dans l’évolution sociopolitique de son pays. Selon lui, on en est vraiment un que lorsqu’on écrit pour un but précis « Il y en a qui pensent qu’être écrivain c’est écrire en vain ou écrire après avoir bu du vin » lançait Guillaume Oyono Mbia, pour moquer les aventuriers qui ont coupé les cheveux de la création en quatre à l’affut du gain. Marié à une Mvog Zambo de l’arrondissement de Metet qui fut institutrice, Guillaume Oyono Mbia était un chrétien pratiquant de l’EPC, il jouait merveilleusement au piano, une autre de ses passions.
E.M

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