Trois ans après sa création, le collectif Stop féminicides 237 poursuit son plaidoyer pour l’adoption d’une loi contre les violences sexuelles et sexistes au Cameroun. À travers une mobilisation nationale, ses membres veulent inscrire la protection des femmes et des filles dans un cadre juridique capable de répondre à un phénomène qu’ils considèrent comme structurel.
Il y a, derrière chaque féminicide, une histoire individuelle. Mais pour Stop féminicides 237, l’accumulation de ces drames révèle surtout une réalité collective : celle d’un système où les violences dirigées contre les femmes demeurent encore insuffisamment reconnues dans leur dimension sociale et judiciaire. Depuis 2023, le collectif tente de transformer ces tragédies en un débat public sur la prévention, la justice et la protection des victimes.
L’organisation est née après le meurtre de Vanessa Youbi et de ses enfants, un événement qui a marqué les militantes à l’origine du mouvement. Depuis lors, une quarantaine de féministes issues d’associations communautaires et d’engagements personnels se mobilisent pour documenter les violences, interpeller les institutions et sensibiliser l’opinion publique sur l’urgence d’une réponse coordonnée.
Implanté dans six régions du Cameroun, notamment le Centre, le Littoral, le Nord, l’Extrême-Nord, l’Ouest et l’Est, Stop féminicides 237 développe une stratégie fondée sur trois leviers : l’action citoyenne, le plaidoyer institutionnel et la production d’informations destinées à mieux comprendre l’ampleur du phénomène. Le collectif a notamment multiplié les initiatives publiques et les démarches auprès des autorités nationales ainsi que des partenaires internationaux.
La Journée internationale de la femme africaine, célébrée le 31 juillet, constitue pour le mouvement un moment privilégié pour replacer la question des violences au centre des discussions. Cette commémoration rappelle également que les avancées liées aux droits des femmes restent fragiles lorsque leur intégrité physique, leur sécurité et leur accès à la justice ne sont pas pleinement garantis.
Au cœur de la démarche actuelle figure l’adoption d’une loi spécifique contre les violences sexuelles et sexistes. Pour Stop féminicides 237, le cadre juridique existant doit évoluer afin de mieux prendre en compte les réalités vécues par les victimes et d’apporter une réponse adaptée aux différentes formes de violences, qu’elles soient physiques, psychologiques, économiques ou liées aux rapports de domination.
Depuis trois ans, le collectif réalise une veille médiatique quotidienne consacrée au recensement des féminicides commis dans la sphère intime ou dans d’autres espaces sociaux. Ce travail, présenté comme une mémoire des victimes, vise également à questionner les mécanismes qui entourent le traitement de ces affaires, depuis leur perception dans l’espace public jusqu’à leur prise en charge par les institutions judiciaires.
Les militantes alertent notamment sur certaines représentations qui peuvent contribuer à minimiser la gravité des faits ou à déplacer la responsabilité vers les victimes. Elles défendent une lecture des féminicides comme des crimes liés à des dynamiques sociales complexes, impliquant les violences conjugales, l’emprise, les difficultés d’accès aux dispositifs de protection et les insuffisances observées dans les procédures judiciaires.
Face à ces constats, le collectif formule plusieurs propositions. Il préconise la création de cellules spécialisées dans les structures hospitalières pour accueillir les victimes et leur offrir un accompagnement médical, psychologique et juridique. Il appelle également à l’instauration d’une juridiction spécialisée capable de traiter ces dossiers avec davantage de célérité et d’efficacité.
Cette réflexion s’accompagne d’une demande de réforme plus large du droit. Stop féminicides 237 souhaite une meilleure reconnaissance des violences psychologiques et économiques, ainsi qu’une réponse juridique aux propos et comportements sexistes ou misogynes. Le collectif plaide également pour un nouveau cadre familial prenant davantage en considération les droits des femmes et des filles.
À travers la campagne #UneLoipourUneVie, le mouvement entend faire de la lutte contre les féminicides un enjeu dépassant les seules organisations féministes. Son objectif est de convaincre que la protection des femmes relève d’une responsabilité collective, nécessitant l’engagement durable de l’État, de la justice et de la société dans son ensemble.

