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Fochive Njikam Amadou, la diplomatie du patrimoine à l’épreuve de la restitution culturelle en Afrique centrale

À l’Institut des relations internationales du Cameroun de l’Université de Yaoundé II, le chercheur a soutenu une thèse consacrée au trafic illicite des biens culturels et aux mécanismes de leur retour sur le continent africain. Une étude qui questionne les instruments internationaux existants et propose une nouvelle architecture de coopération régionale.

Dans le silence feutré d’une salle universitaire, où les enjeux du passé rencontrent les défis du présent, Fochive Njikam Amadou a livré une réflexion sur l’un des dossiers les plus sensibles de la gouvernance culturelle mondiale : le destin des biens africains dispersés à travers le monde. Le 22 juillet 2026, à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), son travail de recherche a été consacré à l’analyse de la lutte contre le trafic illicite et de la restitution des biens culturels en Afrique centrale.


Cette thèse de Doctorat/PhD en relations internationales, menée au sein du laboratoire de politique internationale, s’intéresse à la portée et aux limites de la Convention de l’UNESCO de 1970 relative aux moyens d’interdire et de prévenir l’importation, l’exportation et le transfert illicites des biens culturels. À travers cette étude, le candidat interroge la capacité de cet instrument international à répondre aux réalités contemporaines d’un patrimoine longtemps marqué par les déplacements, les spoliations et les circulations complexes.

Le travail soutenu par Fochive Njikam Amadou ne réduit pas la restitution à un simple mouvement de retour des objets vers leur lieu d’origine. Il ouvre une réflexion plus large sur la manière de faire vivre un patrimoine qui traverse parfois plusieurs territoires, plusieurs peuples et plusieurs histoires. La circulation des œuvres, explique-t-il en substance, ne constitue pas une alternative au retour des biens, mais peut devenir un prolongement de celui-ci, notamment à travers des expositions temporaires ou itinérantes permettant de rapprocher les populations de leur mémoire culturelle.


Cette approche prend une résonance particulière en Afrique centrale, une région où les frontières héritées de l’histoire coloniale se superposent à des espaces culturels plus anciens. La question de l’appartenance des objets devient alors un exercice délicat. Certains patrimoines, comme ceux issus de la civilisation Sao, illustrent cette réalité : leur histoire s’inscrit dans un espace qui dépasse les limites actuelles du Cameroun, du Tchad et du Nigeria. Dès lors, comment déterminer l’État bénéficiaire d’une restitution lorsque l’objet appartient à une aire culturelle partagée ?

Sous la direction du Professeur Rémy Mbida Mbida, professeur titulaire des universités à l’IRIC et à l’Université de Yaoundé II, avec l’accompagnement du Professeur Abdoul Aziz Yaouba, maître de conférences au sein du même institut, le chercheur propose une lecture qui associe droit international, diplomatie culturelle et enjeux sécuritaires. Son ambition : contribuer à l’émergence d’une stratégie sous-régionale capable de répondre aux spécificités du patrimoine d’Afrique centrale.


Les échanges avec le jury ont également porté sur les capacités des États à accueillir et conserver les collections appelées à revenir sur le continent. Car derrière la revendication légitime de restitution se pose une autre interrogation : celle des moyens techniques, financiers et institutionnels nécessaires pour préserver ces objets dans des conditions adaptées et assurer leur transmission aux générations futures.
La soutenance a aussi permis de revenir sur les mécanismes de lutte contre les réseaux criminels spécialisés dans le trafic des biens culturels, ainsi que sur les recommandations issues des ateliers consacrés à cette problématique, avec la participation d’acteurs internationaux, dont Interpol. La protection du patrimoine apparaît désormais comme un champ où se croisent diplomatie, sécurité et coopération scientifique.


Commissaire de police en service au Groupement mobile d’intervention (GMI) de Garoua, Fochive Njikam Amadou inscrit cette recherche dans une trajectoire singulière, à la frontière entre l’univers académique et l’action publique. Membre fondateur de l’Association des diplomates de la culture, il défend une approche où la connaissance scientifique doit nourrir les politiques publiques et renforcer les compétences des institutions chargées de protéger les héritages culturels.
Sur le plan théorique, son étude mobilise plusieurs grilles d’analyse, parmi lesquelles la théorie des régimes, le transnationalisme, la théorie des changements et la sociologie des organisations. Ces références permettent d’appréhender les transformations de la gouvernance culturelle internationale et les relations complexes entre États, organisations internationales et acteurs de terrain.


Après délibération, le jury a reconnu la qualité scientifique et l’intérêt pratique de cette recherche en attribuant à Fochive Njikam Amadou le titre de Docteur PhD en relations internationales, avec la mention Très honorable et félicitations du jury. Une distinction qui consacre un travail présenté comme une contribution importante aux débats futurs sur la restitution, la valorisation et la protection du patrimoine africain.