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Tsague Nguimeya Gaëlle Virginia : penser la coexistence au-delà des fractures sociales

Face aux tensions croissantes entre personnes déplacées et communautés d’accueil dans la région du Centre, Tsague Nguimeya Gaëlle Virginia interroge les ressorts invisibles de la stigmatisation et propose une lecture scientifique ancrée dans les réalités locales. Son mémoire de Master Recherche en STAPS-JL, soutenu avec mention Bien à l’INJS, explore les mécanismes sociaux qui façonnent les dynamiques de cohabitation.
La convivialité demeure un enjeu central pour toute collectivité confrontée à l’arrivée de nouveaux groupes sur un même territoire. Dans un environnement marqué par la rareté des ressources et la quête de stabilité, les interactions peuvent générer incompréhensions et tensions. C’est à cette problématique contemporaine que s’est consacrée Tsague Nguimeya Gaëlle Virginia à travers un travail académique intitulé « Défi de coexistence entre les populations déplacées et les populations hôtes de la région du Centre ».
Présenté dans le cadre du Master Recherche en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, Jeunesse et Loisirs à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports, le mémoire a été examiné par un jury composé du Professeur Jiotsa Albert, président, du Professeur Manga Kalniga José Donadoni, rapporteur, et du Dr Mote Adolf, membre. À l’unanimité, les examinateurs ont salué la rigueur de l’analyse et validé la démarche avec la mention Bien au titre de l’année académique 2024-2025.
L’étude s’appuie sur plusieurs ancrages conceptuels majeurs. La notion de violence structurelle développée par Karl Marx, Ivan Illich et Johan Galtung éclaire les inégalités économiques, les défaillances institutionnelles ainsi que les formes d’atteintes invisibles inscrites dans l’organisation sociale. L’approche interactionniste d’Erving Goffman permet d’examiner la gestion d’identités fragilisées dans les rapports entre autochtones et déplacés. Les travaux de Denise Jodelet sur les représentations collectives analysent la manière dont l’inconnu se transforme en images familières, parfois stigmatisantes. Enfin, la réflexion d’Arjun Appadurai sur l’altérité interroge l’anxiété liée aux flux migratoires et à la mondialisation.
La méthodologie adoptée combine questionnaires, entretiens semi-directifs et observation participante dans plusieurs localités, notamment Yaoundé III, Obala, Mbalmayo et Batchenga. Cette approche mixte a permis de mettre en évidence des mécanismes communautaires mobilisés pour désamorcer ponctuellement les tensions issues de la cohabitation. L’enquête révèle que la figure du « microbe-déplacé » constitue un fait social total, traduisant des peurs collectives et des assignations identitaires qui altèrent le lien humain.
Au-delà de la dimension sécuritaire, la recherche souligne la nécessité d’une transformation profonde des structures inégalitaires, des dispositifs institutionnels contre-productifs et des imaginaires sociaux excluants. Les défis liés à la coexistence ne sauraient trouver de solution définitive, tant les sociétés évoluent en permanence. Ils appellent toutefois une articulation renouvelée entre action humanitaire, développement et consolidation de la paix, dans une perspective intégrée capable d’agir sur les causes des conflits.
Marquée au départ par une relation d’encadrement exigeante, la candidate, également écrivaine, a su distinguer création littéraire et production scientifique pour construire une argumentation solide. Déterminée et persévérante, elle livre une contribution pertinente à la compréhension des dynamiques sociales contemporaines, offrant des pistes de réflexion pour un développement local durable fondé sur la reconnaissance mutuelle.
M.M

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