À travers une œuvre à la fois sensible et profondément ancrée dans la réalité sociale, Madina Abdoulaye Hamza interroge la place des personnes âgées dans nos sociétés contemporaines. Présenté lors d’une séance de dédicace placée sous le patronage de la Commission nationale pour l’UNESCO, ce roman s’impose comme une voix forte en faveur d’un regard renouvelé sur la vieillesse.
La question du regard porté sur les personnes âgées s’impose aujourd’hui comme l’un des défis silencieux de nos sociétés modernes. Entre fascination pour la jeunesse et culte de la performance, le grand âge semble relégué à la périphérie des préoccupations collectives. C’est dans cette zone d’ombre que s’inscrit l’œuvre de Madina Abdoulaye Hamza, Les Ombres de la vieillesse, un roman qui se veut à la fois récit intime et réflexion sociologique sur la condition humaine.
Portée par une plume empreinte de justesse, l’auteure propose une immersion dans l’univers de Souhaila, une femme autrefois pilier familial, désormais confrontée à l’isolement et à l’effacement progressif de son rôle social. À travers cette trajectoire, c’est toute une société qui se dévoile, marquée par l’effritement des liens intergénérationnels et la montée d’un individualisme qui fragilise les solidarités traditionnelles. La rencontre avec Aminata, jeune chercheuse engagée, introduit une dynamique de dialogue et d’espoir, esquissant la possibilité d’une réconciliation entre les âges.
L’originalité de l’ouvrage réside dans la convergence entre la rigueur scientifique et l’émotion littéraire. Formée en sociologie, spécialisée dans l’étude de la sénescence, Madina Abdoulaye Hamza puise dans ses travaux de recherche pour nourrir une narration habitée par des réalités observées sur le terrain. Son écriture, à la fois sobre et évocatrice, donne voix à ceux que la société tend à invisibiliser, tout en dénonçant les contradictions entre discours valorisant les aînés et pratiques qui les marginalisent.
L’origine de ce projet littéraire plonge dans une expérience fondatrice de l’enfance de l’auteure, marquée par la rencontre d’une femme âgée abandonnée, victime de préjugés et d’exclusion. Ce souvenir, transformé en objet d’étude puis en matière romanesque, confère au texte une profondeur singulière. Il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire, mais de porter un message, celui d’une urgence sociale qui appelle à une prise de conscience collective.
Présenté officiellement lors d’une séance de dédicace organisée le 4 avril 2026 sous l’égide de la Commission nationale pour l’UNESCO, Les Ombres de la vieillesse s’inscrit ainsi dans une démarche de sensibilisation et de plaidoyer. L’ouvrage, proposé au prix de 5000 FCFA, ambitionne de susciter une réflexion durable sur la place accordée aux personnes âgées et sur la responsabilité de chacun dans la préservation du lien social.
En filigrane, Madina Abdoulaye Hamza invite à une interrogation essentielle : que devient une société qui oublie ceux qui l’ont précédée ? Entre dénonciation et espérance, son roman rappelle avec force que la vieillesse, loin d’être une fin en soi, demeure une étape de vie qui mérite reconnaissance, écoute et dignité.
