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Journée culturelle du Cercle des étudiants ressortissants de l’arrondissement de Ma’an : une conférence pour comprendre la polygamie ekang entre héritage et mutations

Dans le cadre de sa Journée culturelle, le Cercle des étudiants ressortissants de l’arrondissement de Ma’an a organisé une rencontre académique consacrée à la polygamie chez les Ekang. Chercheurs et acteurs culturels ont croisé regards anthropologiques, sociaux et historiques afin d’éclairer une pratique longtemps structurante, aujourd’hui questionnée par les mutations contemporaines.

Animée autour du thème « Origine, évolution, changements sociaux et tendances actuelles de la polygamie chez les Ekang », la conférence a réuni l’anthropologue Mathurin Mekoulou, le docteur Gérard Paul Onji’i Essono et l’écrivaine Marie Abessolo, sous la modération de Nko’o Ngama Renaud. Les échanges ont permis de replacer cette forme d’union dans son contexte fang, où le foyer à plusieurs épouses constituait moins une exception qu’un modèle socialement admis, façonnant l’organisation familiale, les alliances et la transmission des valeurs.
Les intervenants ont montré que la polygamie reposait sur des relations internes complexes, marquées par des équilibres fragiles entre coépouses et par une hiérarchisation symbolique. Certaines femmes y trouvaient des espaces de solidarité, notamment après l’accouchement, grâce à l’entraide domestique et au respect des périodes d’allaitement. Dans plusieurs communautés ekang et beti, des statuts honorifiques structuraient la vie féminine, conférant à la première épouse ou à la plus estimée un rôle central au sein du foyer élargi.
Sur le plan économique, cette pratique répondait aussi à des logiques de production et de survie. L’introduction des cultures de rente et l’essor de l’économie monétaire ont renforcé l’importance de la main-d’œuvre familiale, tandis que la descendance nombreuse était perçue comme une richesse. La femme occupait alors une place essentielle dans la gestion, la conservation et la sécurisation des ressources, certaines compétences artistiques ou rituelles étant également valorisées au sein du ménage.
Aujourd’hui, la polygamie se heurte aux crises économiques, aux discours démographiques et aux transformations religieuses et culturelles. La christianisation et le modernisme ont progressivement imposé la monogamie, bouleversant le schéma traditionnel du mariage. Selon les panélistes, ces mutations ont contribué à une fragilisation des repères anciens et à une dégradation du statut féminin, autrefois fondé sur la reconnaissance sociale, désormais confronté à de nouvelles formes de précarité symbolique.

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