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ACAFEJ : pour une loi spécifique contre les violences basées sur le genre, l’urgence d’agir au Cameroun

Face à la recrudescence inquiétante des violences et des féminicides, l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ), en partenariat avec le FIDA et avec l’appui de l’UNFPA, a engagé une réflexion de haut niveau en vue de doter le Cameroun d’un cadre juridique plus adapté et protecteur.

La lutte contre les violences basées sur le genre s’impose aujourd’hui comme un impératif national, tant leurs conséquences affectent profondément le tissu social et freinent toute dynamique de développement durable. Derrière les chiffres, ce sont des vies brisées, des familles endeuillées et des générations fragilisées qui se dessinent, révélant l’ampleur d’un phénomène dont la gravité ne cesse de croître. Dans ce contexte, la promotion d’une loi spécifique apparaît non seulement comme une nécessité juridique, mais aussi comme une réponse structurante à une crise humaine persistante.
Porté par l’ACAFEJ en collaboration avec la Fédération internationale des femmes avocates (FIDA), avec le soutien du Fonds des Nations unies pour la population, ce café thématique a réuni un éventail d’acteurs institutionnels, diplomatiques et sociaux autour d’un objectif commun. La cérémonie d’ouverture, présidée par la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, s’est tenue en présence de responsables administratifs, de parlementaires, de chefs traditionnels et religieux, ainsi que de représentants de la société civile, traduisant une mobilisation collective face à l’enjeu.

Madame Akoa Léopoldine, Magistrate et Président de l’association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ) 

Au cœur des échanges, la persistance des violences et leur aggravation récente ont suscité de vives préoccupations. Les données disponibles témoignent d’une progression alarmante des féminicides, avec une cinquantaine de cas recensés en 2023, soixante-sept en 2024, puis soixante-dix-sept en 2025, tandis que l’année 2026 enregistre déjà une tendance préoccupante. Ces tragédies, illustrées par des faits récents d’une rare brutalité, rappellent l’urgence d’une réponse forte et coordonnée des pouvoirs publics et de l’ensemble des forces vives de la nation.
Si le dispositif juridique actuel permet de sanctionner certains actes, il demeure insuffisant pour appréhender la complexité des violences basées sur le genre. Les définitions souvent imprécises et les lacunes normatives contribuent à entretenir des zones d’ombre propices à l’impunité. L’élaboration d’une loi spécifique vise ainsi à clarifier les concepts, à mieux qualifier les infractions et à garantir une répression plus efficace, tout en assurant une protection accrue des victimes.


Au-delà de l’aspect strictement légal, cette réforme ambitionne d’opérer une transformation sociale en profondeur. Il s’agit de rompre avec les silences, de déconstruire les tabous et d’instaurer un environnement familial, professionnel et communautaire affranchi de toute forme de violence. En ce sens, la future législation entend renforcer les mécanismes de prévention, encourager la dénonciation et promouvoir une culture de responsabilité collective face à ces dérives.
Sur le plan institutionnel, le projet de loi en cours d’élaboration s’inscrit dans une dynamique d’harmonisation avec les engagements internationaux du Cameroun en matière de droits humains et d’égalité de genre. Fruit d’un travail concerté impliquant administrations publiques, partenaires techniques et organisations de la société civile, il devrait prochainement franchir les étapes décisives menant à son examen par le Parlement, nourrissant ainsi l’espoir d’une adoption prochaine.

L’un des apports majeurs de cette future loi réside dans son approche globale de la prise en charge des survivantes. En intégrant des dimensions médicales, juridiques et psychosociales, elle ambitionne de proposer un accompagnement complet, tout en renforçant les dispositifs de protection. Cette vision holistique s’accompagne d’un effort accru de sensibilisation, afin de rappeler que la violence ne saurait constituer ni un mode d’éducation, ni un instrument de régulation sociale.
À travers cette initiative, l’ACAFEJ, le FIDA et leurs partenaires réaffirment leur engagement à faire évoluer les normes et les pratiques pour bâtir une société plus juste. En écho au thème de la Journée internationale de la femme 2026, cet appel à l’action collective se veut porteur d’un signal fort : celui d’un pays résolu à protéger ses citoyens en investissant dans la dignité humaine et la justice sociale.

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