Au Cameroun, une nouvelle génération de professionnels entend prendre part au destin d’un secteur encore confronté à de nombreux défis. Ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs et étudiants se sont retrouvés autour du Colloque des jeunes du secteur des industries extractives du Cameroun (CJSEIC 2024), organisé par l’Association des ingénieurs des mines du Cameroun (ASSIMIC), sous le parrainage du Minresi.
Dans les profondeurs du sol camerounais sommeillent des richesses dont l’exploitation raconte aussi une histoire de compétences, d’attentes et de promesses. À la surface, ceux qui ont choisi d’en faire leur métier cherchent encore le chemin qui mène des amphithéâtres aux chantiers, des laboratoires aux entreprises, des diplômes aux responsabilités. C’est là, dans cet écart entre le potentiel du sous-sol et celui de ceux qui veulent le valoriser, que se situe l’une des principales préoccupations de la jeune génération.
Depuis les premières promotions d’ingénieurs formés au Cameroun, beaucoup ont observé les débats consacrés aux ressources minérales sans toujours y trouver une place à leur mesure. Le temps semble venu de rompre avec cette position périphérique. Ces professionnels veulent désormais parler de leur avenir, mais aussi de celui d’une activité appelée à jouer un rôle plus important dans la transformation économique du pays.
La difficulté commence souvent au seuil du marché du travail. Les formations existent, les compétences se constituent, mais l’insertion demeure incertaine. Pour certains, l’entrepreneuriat apparaît alors comme une autre porte d’entrée. Pour d’autres, la recherche ou l’innovation offrent la possibilité de transformer une expertise en solution. Tous partagent cependant une même aspiration : faire de leur savoir-faire autre chose qu’une ligne supplémentaire sur un curriculum vitae.
Car l’enjeu n’est pas seulement celui d’une carrière. Il concerne la capacité du Cameroun à valoriser ses propres compétences dans un domaine où se croisent ressources naturelles, développement industriel et intérêts économiques. La gestion des richesses minérales, leur transformation et leur contribution à la croissance posent des questions qui dépassent les seuls spécialistes. Elles interrogent la manière dont un pays prépare ceux qui auront demain la responsabilité d’en maîtriser les techniques.
Le CJSEIC 2024 s’inscrit dans cette volonté de faire émerger une parole professionnelle. Le colloque rassemble autour d’un même espace sociétés, entrepreneurs, associations, ONG, artisans, ingénieurs, chercheurs et étudiants. Il ne s’agit plus seulement de dresser l’inventaire des difficultés. Il faut aussi montrer ce qui existe déjà : des initiatives, des entreprises portées par de jeunes acteurs, des produits, des expériences et des idées susceptibles de trouver leur place dans une économie extractive en mutation.
L’entrepreneuriat constitue l’un des fils conducteurs de cette rencontre. Les opportunités d’affaires doivent être identifiées, les projets exposés, les savoir-faire rendus visibles. Dans un secteur longtemps perçu à travers les grandes exploitations et les acteurs institutionnels, cette mise en lumière des petites structures et des jeunes pousses dessine une autre cartographie. Celle d’une économie où l’innovation pourrait également venir de ceux qui commencent leur parcours.
La recherche, elle aussi, retrouve une place centrale. Sans connaissance, l’exploitation des ressources risque de rester prisonnière de méthodes anciennes et de dépendances extérieures. La science peut contribuer à mieux comprendre les gisements, améliorer les procédés, réduire les impacts et accroître la valeur produite localement. Pour les promoteurs du colloque, investir dans les chercheurs revient ainsi à investir dans la capacité du pays à maîtriser son propre patrimoine minéral.
L’ASSIMIC entend accompagner ce mouvement. L’organisation professionnelle se présente comme un trait d’union entre les compétences, les initiatives privées et les ambitions d’industrialisation. La mise en place de conventions avec des startups spécialisées dans les ressources extractives figure parmi les pistes envisagées. Derrière ces rapprochements se dessine une idée simple : une compétence isolée reste fragile ; reliée à un réseau, elle peut devenir un projet, puis une activité durable.
Le colloque veut également ouvrir les fenêtres sur les programmes conduits par les associations, les ONG et les entreprises engagées dans l’exploitation des ressources minérales. Les stratégies nationales de développement du secteur doivent trouver leur traduction dans des projets concrets. La vitrine souhaitée par les organisateurs doit permettre aux initiatives de se rencontrer, aux partenaires de se découvrir et aux idées de circuler au-delà des cercles professionnels habituels.
Il reste beaucoup à faire. Entre les ambitions affichées, la réalité de l’emploi et les exigences d’une exploitation durable, le chemin demeure long. Mais une génération refuse désormais de regarder passer le train. Elle veut monter à bord, en ingénieur, en entrepreneur, en chercheur. Dans ce mouvement encore fragile, le sous-sol camerounais n’apparaît plus seulement comme un réservoir de richesses : il devient aussi le terrain où une jeunesse entend éprouver sa capacité à bâtir l’avenir.


