Dynamic Femmes ouvre un nouveau chapitre de son plaidoyer autour d’une question qui mêle santé publique, droit, vulnérabilité sociale et dignité humaine. Pendant deux jours, les échanges doivent confronter les données disponibles, les réalités de terrain et les contraintes du cadre réglementaire camerounais afin de dégager des pistes d’action.
Il y a des sujets dont on parle à voix basse. L’avortement clandestin est de ceux-là. Pourtant, derrière le silence, les conséquences peuvent être bruyantes : une hémorragie, une infection, une hospitalisation tardive, parfois un traumatisme durable. Et lorsque la parole finit par arriver, elle intervient souvent après que la situation s’est déjà compliquée.
Le phénomène ne saurait cependant être résumé à une urgence médicale. Il révèle aussi les failles d’un parcours : une jeune fille qui ne sait pas vers qui se tourner, une femme qui redoute le jugement, une famille qui préfère cacher le problème, un professionnel qui doit intervenir dans l’urgence. À chaque étape, l’absence d’information ou la stigmatisation peut transformer une difficulté en risque supplémentaire.
C’est précisément cette chaîne de vulnérabilités que Dynamic Femmes entend interroger. L’association plaide pour une meilleure information, une écoute respectueuse et une orientation vers des services appropriés. Elle considère que la prévention ne peut être efficace si elle ignore les réalités sociales et économiques dans lesquelles vivent les personnes concernées.
La question sanitaire est, elle, sans détour. Les pratiques réalisées dans des conditions médicales inadéquates peuvent provoquer des complications graves. Les hémorragies et les infections figurent parmi les risques évoqués, auxquels peuvent s’ajouter des conséquences physiques, psychologiques, sociales et économiques. Autrement dit, le problème ne commence pas à l’hôpital : il commence souvent bien avant.
Puis surgit la question du droit. Que prévoit exactement le cadre camerounais ? Dans quelles conditions ses dispositions sont-elles appliquées ? Quels obstacles peuvent apparaître dans l’accès à l’information, à l’orientation ou aux soins ? Le forum doit permettre d’examiner ces interrogations à partir des textes et des analyses des spécialistes, plutôt que de laisser prospérer les approximations.
Cette exigence de précision vaut également pour les données. Les organisateurs veulent mettre les faits au centre des discussions. Le ministère de la Santé publique doit présenter un état des lieux des conséquences sociales et économiques. Le professeur Nana Njamen, de l’Université des Montagnes, doit s’intéresser aux déterminants et aux conséquences sanitaires. Dynamic Femmes reviendra, pour sa part, sur les recommandations formulées lors du forum de 2024.
Les expériences étrangères apporteront un autre éclairage. L’Afrique du Sud et le Bénin doivent notamment être évoqués pour leurs approches en matière de prévention. Mais comparer ne signifie pas copier. Les enseignements venus d’ailleurs devront être confrontés aux réalités institutionnelles, culturelles et sociales du Cameroun.
Le débat devra également remonter en amont. Prévenir les grossesses non désirées ne relève pas d’un seul acteur. État, famille, école, communautés et médias ont chacun une responsabilité possible. L’information, l’éducation et la sensibilisation apparaissent dès lors comme des instruments essentiels pour éviter que des situations fragiles ne se transforment en urgences.
Impossible, dans un tel débat, de faire abstraction des convictions. Religion, tradition, éthique, droits humains et santé publique peuvent produire des lectures différentes d’une même réalité. Une session consacrée à ces dimensions, avec la participation annoncée de Sa Majesté Mbangue Ewane, doit tenter d’organiser le dialogue plutôt que l’affrontement.
Dynamic Femmes connaît ce terrain. Créée en 2006 à Nkongsamba et reconnue légalement en 2010 sous l’ancienne dénomination de Moungo Solidarité, l’organisation intervient auprès des femmes, des filles et des enfants en situation de vulnérabilité. Défense des droits, prévention des violences basées sur le genre, accompagnement, autonomisation économique et mobilisation communautaire constituent plusieurs volets de son action.
À la tête de l’association, la juriste Siewe Claudine inscrit ce combat dans une démarche de plaidoyer qui dépasse le cadre du forum. Émissions médiatiques, actions communautaires, échanges avec les professionnels de santé, production de contenus d’information et initiatives contre la stigmatisation font partie des moyens mobilisés. Une pétition en ligne s’est également inscrite dans cette dynamique.
Mais le véritable test commencera lorsque les micros seront coupés. Les participants devront passer des discussions aux recommandations, puis des recommandations à des mesures concrètes. Une réflexion sur une feuille de route nationale doit notamment être engagée avec la contribution de la commission des droits de l’homme.
Le sujet appelle donc moins les slogans que la méthode. Écouter les professionnels. Entendre les expériences. Vérifier les données. Lire le droit. Mesurer les conséquences. Et surtout, ne pas confondre débat de société et procès des personnes. C’est à cette condition que la lutte contre les avortements clandestins pourra sortir du seul registre de la controverse pour devenir une véritable question de politique de santé, protection sociale et de dignité humaine.




